Le Rif fascine. Parce qu’il a toujours gardé sa singularité. Une singularité qui ne tient pas seulement à la nature géographique du terrain, mais aussi à l’originalité et à la spécificité de son histoire et de son présent. Mais que connaissons-nous du Rif, en dehors de certains faits historiques majeurs et de quelques personnages mythiques ? Qu’en est-il, justement, de cette spécificité rifaine, que signifie-t-elle et d’où vient-elle ? Est-il juste, au final, d’évoquer une spécificité rifaine ?
Zamane revient sur ces questions et d’autres encore, que vous allez avoir le plaisir de découvrir au fil des pages. Notre dossier propose une lecture (parmi d’autres) de ce passé et de ce présent du Rif, avec un zoom sur des questions rarement abordées, comme la société rifaine racontée de l’intérieur, la migration en Europe et la fameuse culture du kif qui est, comme chacun sait, l’objet de tant de confusions et de clichés. Ce n’est donc pas à une étude exhaustive du Rif, voire des Rif (l’occidental, l’oriental, etc.), que nous invitons nos lecteurs, mais à une sélection de thèmes et d’aspects de l’histoire du Rif. Nous sommes convaincus que d’autres questions, et d’autres aspects, méritent à leur tour d’être creusés et approfondis pour le plus grand bonheur des lecteurs et des chercheurs. Nous y reviendrons sans doute à l’avenir.
Les récents attentats de Bruxelles, du 22 mars dernier, ont mis sous les feux de l’actualité les 700 000 Marocains qui résident en Belgique, dont un grand nombre, peut-être les trois quarts, sont originaires du nord du Maroc. Parmi eux, il y a une très forte proportion de Berbères rifains installés dans le pays depuis les années 1960. Cette population provient majoritairement de la zone dite d’influence espagnole durant le Protectorat franco-espagnol (1912-1956). Profitant du massacre de Bruxelles, l’historien Pierre Vermeren a jeté un pavé dans la mare en avançant une théorie pour le moins téméraire. Selon lui, les Rifains de Belgique seraient des contrebandiers dans l’âme, des trafiquants de drogue et de potentiels terroristes qui, par haine du Makhzen, auraient scellé une alliance avec Daech. Si la pérenne hostilité du Rif, pays de « siba » par excellence, envers le pouvoir central n’est pas une théorie farfelue, montrer du doigt tous les Rifains dans cette théorie conspirationniste, en donnant comme exemple Abdelhamid Abaaoud, le cerveau des attentats de Paris, qui est paradoxalement soussi, dénote d’une certaine méconnaissance des Rifains et de leur diaspora.
Dossier réalisé par Adnan Sebti
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