Lieu reclus, vivant au gré des saisons, Imilchil épouse le rythme du temps. De fait, il est un repère et une mémoire.
C’est dans la tribu des Aït Hdidou, où se trouve le lieu mythique d’Imilchil que le sociologue et anthropologue Abdellah Bouhamidi fait suspendre le temps pour fixer une mémoire évanescente dans un pays, dit-il, qui possède la magie de donner le sens de l’essentiel. Le lieu est communément célèbre pour son moussem de mariage et la mythique fable de l’époux et de la mariée, les Roméo et Juliette du cru, qu’on aurait empêchés de convoler en justes noces, et qui auraient rempli de leurs larmes le lac ou les deux lacs. La vérité est autre. Car d’Isli (marié), il ne fut jamais question, mais Izli (avec un «z» emphatique), qui veut dire tout simplement cuvette, qu’on rend par ce nom générique «khang» (de l’arabe Khanaq, étouffer). La fable est certainement plus belle que la vérité, mais la vérité ne doit pas s’éclipser pour autant. Et c’est à la vérité que Bouhamidi nous invite dans son livre mémoire(s), à coups de souvenirs et de tirs à flanc, sur le vif. L’auteur est psychologue de formation, sociologue et anthropologue d’approche. Autant d’outils pour approcher ce monde clos qui, il y a encore quelques années, tenait plus des temps bibliques que de celui de nos jours. Seul le camion dans des pistes cahotées faisait violence à ce mode de vie en dehors du temps et l’arrachait à la monotonie. Il ne fut relié par route qu’il y a quelques années, relié au réseau électrique auparavant. Comment peut-il alors résister au changement ? L’ancien qui remonte à un temps figé, se meurt, et Bouhamidi le fixe, ou essaye de le faire devant un changement effréné qui risque d’entamer la mémoire.
Par Hassan Aourid
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