Plus qu’une dynastie ayant régné plusieurs siècles durant sur une grande partie de l’actuel territoire du Maroc, les Berghouatas sont avant tout un peuple, constitué d’une vaste confédération tribale dont les racines plongent profondément dans la «marocanité». Pourtant, l’historiographie nationale a tout fait pour les mettre de côté, allant jusqu’à tenter d’effacer leurs traces et à faire comme s’ils n’avaient jamais existé.
L‘histoire du Maroc n’a pas toujours été un fleuve tranquille. On en connaît bien sûr les moments forts, portés par de grands souverains du passé (Ibn Tachfine, Moulay Ismaïl, etc.). Mais on connaît moins les moments faibles, comme certaines périodes de transition (inter-règnes ou inter-dynasties) durant lesquelles le pouvoir central s’est parfois recroquevillé dans et autour d’une cité-État, pendant que des chefs locaux, tribus ou confréries, se retranchaient à leur tour dans des villes ou des zones organisées en fiefs autonomes et imprenables. Jusqu’à récemment, évoquer le royaume des Berghouatas équivalait à déclencher les passions. Symbole d’une authentique déviation de l’islam pour les uns, incarnation de la résistance amazighe contre les Arabes pour les autres, le débat sur cette entité politique, même dépassionné aujourd’hui, ne permet toujours pas de bien saisir le phénomène Berghouatas. Victime de l’historiographie, qui a longtemps tenté de l’évincer de l’histoire, ce «royaume berbère» est aussi le martyr de la recherche historique : ni les documents impartiaux de l’époque, ni l’archéologie actuelle, ne permettent d’analyser en profondeur sa structure politique.
Par Ghali Yazid
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