La sexualité a toujours été un point clivant. Le sujet dérange parce qu’il relève de l’intime et met cet intime en confrontation directe avec le licite, le légal et, finalement, l’interdit. La sexualité est bien sûr plurielle. Son acceptation change du tout au tout, selon le cadre qui la régit et selon, bien évidemment, la ou les partenaires que l’on a en face de soi. Les codes qui règlent le sexe dit conjugal ne sont pas les mêmes qui veillent sur l’extra-conjugal. Même dans le cadre légal (conjugal), avoir une femme ou plusieurs, adultes ou mineures, officielles ou officieuses (esclaves, servantes), voilà qui brouille les pistes. Le clivage vient aussi de la notion de plaisir. Le sexe est le moteur de la procréation, voilà ce que l’homme et la femme ont appris depuis la nuit des temps. Avec le temps, justement, des notions comme amour ou plaisir se sont greffées pour compliquer la donne. Avec le temps, encore, nous sommes passés d’une perception purement masculine à quelque chose de plus ouvert, où la question féminine (désir, plaisir) est en train de rattraper le temps perdu.
Dans la société marocaine, voire arabo-berbéro-musulmane, ces questions n’ont pas toujours été taboues. Contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, la sexualité, dans tous ses aspects, ses détails, même les plus intimes, a longtemps été débattue… et pas toujours réprimée. Plutôt encadrée (par des édits religieux, des codes et des consensus).
Dans le Maroc du Moyen-âge, la société est à la fois masculiniste et paternaliste. À l’intérieur du couple, la différence d’âge pouvait être énorme. Le mariage des jeunes filles mineures était non seulement toléré mais courant. Les fuqaha y voyaient un moyen de «protéger» rapidement la future femme de la débauche. Ce n’était pas qu’une question de religion mais de société aussi : les filles étaient considérées comme une source de soucis pour le père, de son vivant comme après sa mort. Résultat : il importait de les marier au plus vite, dès leur plus jeune âge. Ces différences d’âge occasionnaient, bien entendu, plusieurs désaccords entre les époux, y compris d’ordre sexuel. La chronique de l’époque rapporte le cas d’un homme marié à deux femmes. La première lui a révélé que la deuxième le trompait avec un jeune homme. Le vieillard a rusé avant de découvrir la femme infidèle dire à son amant : «Tu es mon homme, il est le père de mes enfants». Dans la même veine, un dicton de l’époque disait que «quand un vieux épouse une gamine, cela fait les affaires des gamins des environs». Ce qui est une manière d’insinuer que la jeune épouse pourra s’abandonner dans les bras de jeunes amants. L’infidélité pouvait aussi s’insinuer au sein des couples où la différence d’âge est quasi nulle. L’existence de certains codes y prédisposait sans doute. Chez certains soufis, par exemple, la nudité était quasi prohibée, même pendant l’acte sexuel. Cette absence d’intimité était épinglée par un historiographe de l’époque, le faqih Ibn El Haj, qui disait que «la nudité (du couple) apporte joie et bonheur, elle est source de plaisir, contrairement à ce que semblent croire tous ceux qui incitent les époux à garder leurs revêtements extérieurs pendant l’acte de copulation». Le faqih audacieux laissait entendre, au passage, que l’absence d’intimité pouvait être source d’insatisfaction pour l’épouse. Il allait même plus loin quand il faisait observer que «l’époux ne doit pas prendre sa femme par surprise, brutalement. Il se doit de la préparer en multipliant les baisers et les attouchements». Le faqih ouvrait ainsi la voie aux préliminaires : «La femme aime chez l’homme ce que l’homme aime chez elle, c’est-à-dire atteindre la satisfaction sexuelle. Autrement, elle resterait insatisfaite et devrait combler son appétit ailleurs». Ce qui est, bien sûr, contraire aux préceptes de la religion.
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