Entre le devoir religieux et la mise à contribution pour renflouer les caisses de l’Etat, la zakat a toujours été un instrument dont l’Etat marocain se servait pour codifier ses rapports avec la société.
Lorsque le roi annonce la mise à disposition d’une fatwa officielle relative à l’application de la zakat, il ne s’agit pas seulement d’un acte symbolique : c’est une réactualisation d’une fonction ancienne de l’État marocain, qui consiste à superviser la zakat en tant qu’obligation collective qui relie la religion à la société et à la politique.
Derrière cette décision, qui allie renouveau jurisprudentiel et organisation institutionnelle, se déploie un long et complexe passé de relations entre la zakat et le makhzen ; un passé où ce pilier de la charia s’est transformé, au fil des siècles, d’un acte purement cultuel en un instrument de consolidation de l’ordre et de la légitimité. Avant le protectorat, la zakat n’était pas juste un devoir d’adoration individuelle : elle faisait partie intégrante de la structure même de l’État. Par cette obligation, l’autorité définissait sa relation avec les sujets, étendait son influence sur les tribus et les marchés. Entre les textes juridiques fixant les taux et les répartitions de la zakat, et les décrets instaurant les dîmes au nom de «Bayt al-mal», équivalent du Trésor public pour l’époque, s’est constitué un dispositif à deux visages : l’un issu de la légitimité religieuse -fondée sur l’école malikite-, l’autre guidé par les impératifs de l’administration et de la fiscalité. Cette dualité a permis au pouvoir d’affirmer simultanément son autorité spirituelle et son emprise politique.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqi
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