Lors du Salon National de l’Art Contemporain Émergent qui se tient à Casablanca du 4 novembre au 24 décembre 2025, un des artistes marocains de la diaspora a retenu particulièrement l’attention. Il s’agit de Mohammed El Hajoui. À travers une démarche profondément méditative, il développe une œuvre qui interroge le passage, la mémoire et la temporalité. Formé à Milan, l’artiste inscrit sa recherche dans une réflexion sur l’éphémère et sur les traditions culturelles, en privilégiant des matériaux simples comme la cendre, la terre naturelle, les poudres minérales ou le papier. Cette économie de moyens accompagne une pensée où le geste, la technique et l’intuition se confondent. Pour lui, l’artisanat n’est pas une contrainte, mais une manière d’habiter pleinement l’acte de créer : il affirme ne jamais dissocier le geste technique de la liberté créative, intégrant dès le début de chaque projet la méthode qu’il emploiera. Les limites matérielles deviennent ainsi un terrain fertile d’invention, une manière de chercher d’autres voies sans brider l’élan initial.
Ses œuvres se nourrissent d’une exploration attentive des matériaux, dont il étudie minutieusement la consistance, la porosité ou la fragilité. Si l’artiste part souvent d’une intention claire, il accepte que le résultat final diffère de l’idée première, laissant la matière révéler ce qu’elle contient de surprenant. Cette ouverture à l’inattendu, qu’il considère comme une forme de recherche, l’amène à voir l’erreur comme un moment fertile, capable d’ouvrir des trajectoires imprévues. Sa pratique se construit aussi en dialogue avec les savoir-faire marocains: un héritage familial et culturel qui nourrit sa sensibilité. El Hajoui puise dans les gestes de l’artisanat traditionnel, tout en utilisant des outils contemporains comme la 3D, afin de conjuguer mémoire et modernité. Il voit dans les motifs géométriques islamiques une forme de langage, dont les agencements composent des récits silencieux, ce qu’il appelle un «art discipliné». Son installation Radici (racines) centrée sur le tapis et la porte, illustre sa manière de relier intime et symbolique. Le tapis, espace d’accueil et de partage, devient pour lui un territoire de mémoire, ancré dans les rituels, les repas et les fêtes qui ont marqué son enfance au Maroc. Ses voyages, ses lectures et les histoires de matériaux l’inspirent également, comme ce témoignage d’une Palestinienne façonnant un four en argile pour sa communauté, qui a renforcé son attachement aux matières brutes porteuses d’histoire. Dans un monde de plus en plus numérique, El Hajoui demeure convaincu que les motifs marocains conserveront leurs racines grâce à ceux qui perpétuent l’artisanat. Même stylisés, ils resteront vivants tant que persisteront leurs imperfections, ces traces humaines que la machine ne peut reproduire. Par son œuvre, l’artiste cherche à créer des formes capables de durer, de témoigner de son passage, et de transmettre à leur tour une part de mémoire et de lumière.
Par Moulim El Aroussi






































