En moins d’une semaine, le leader chinois Xi Jinping aura reçu chez lui à Beijing le leader américain Trump et russe Poutine. Désormais, Beijing est la faiseuse de normes. Dans sa grammaire des civilisations, Braudel nous explique qu’il y a les tendances lourdes, mais au-delà, il y a les variables et les circonstances.
Nous savions qu’il y avait une tendance lourde qui bouleversait les hiérarchies dans le monde, mais ce qui nous échappait, c’était la cadence et la variable. La Chine aura précipité son ascension grâce à Trump et son rocambolesque style, d’un côté, et la guerre dans le Golfe de l’autre. Une guerre pour rien, qui bousculera le monde arabe, et contribuera encore à son malheur. In fine, l’Amérique aura perdu son mystère, ou sa hiba, comme on dit chez nous, la crainte révérencieuse.
Dans la presse américaine, on compare le leader chinois au président américain Théodore Roosevelt (qu’il ne faut pas confondre avec Franklin), qui a conféré aux états Unis un dessein, en faisant d’eux un acteur sur la scène internationale, et Trump à Gorbatchev qui a annoncé la restructuration, ou la Perestroïka et a récolté l’effondrement.
Comparaison n’est pas raison, comme on dit, mais le nouvel ordre mondial prend forme, et c’est désormais le bipolarisme. Poutine peut se consoler, l’Europe peut rêver, mais il n’y aura pas de multi-polarité. Le Global South n’est pas si soudé qu’on aurait aimé croire, et il ne sera, dans l’avenir que décousu.
On a beaucoup glosé sur le retour à la guerre froide où la guerre est impossible, et la paix improbable selon la formule de Raymond Aron. Nous n’y sommes pas, car la guerre, dans le nouveau contexte, est possible et la paix probable. L’interconnexion entre les deux géants continuera, mais la confrontation n’est pas à exclure. Chacun y va dans ses programmes d’armement et de militarisation dans la perspective d’une «guerre intelligente», et Taïwan sera le nœud gordien. Naïf celui qui croit que Washington lâchera. Il y va de son imperium, même si elle est en train de perdre de son aura.
Dans ce «meilleur des mondes», on continuera d’avoir des gadgets bon marché, les dirigeants du monde n’auront plus de donneurs de leçons qui vont leur seriner des recettes de bonne gouvernance, le monde ne sera pas acculé au campisme, c’est-à-dire à choisir un camp et à rejeter un autre, mais l’union libre avec plusieurs partenaires. La mauvaise nouvelle, c’est ce que les stratèges appellent l’ouragan de la famine. On rentre dans les vaches maigres, où il sera difficile de nourrir l’humanité.
C’est bon à savoir, pour savoir sur quel pied danser. On continuera dans le « hedging », ne pas mettre ses œufs dans le même panier, mâtiné de balancing. Ne pas trop tourner le dos à l’Europe, et particulièrement à la France, et on ne peut que se réjouir des perspectives d’un texte qui cadrera les relations entre les deux pays. Et puis nourrir son peuple, avec une nouvelle politique agricole, en oubliant les programmes de «couleurs», à l’image des «révolutions des couleurs», en misant sur l’autosuffisance alimentaire. Devant les aléas climatiques, il faut se tourner vers la mer, et développer la pisciculture pour nourrir les nôtres.
Autant de chantiers sur lesquels il faut se pencher. Le vent est en train de changer et il faut ajuster les voiles. Tiens, nous avons des think tank. Ils auront désormais du pain sur la planche autre que la redite et les pause-cafés avec selfies.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane








































