Elle est nécessaire, mais jamais totalement intégrée ; acceptée, mais sous condition ; visible, mais toujours sous surveillance implicite.
La figure de «chikha» est évoquée au sein de la société marocaine comme une nécessité presque structurelle, tout en étant à la fois exposée à un regard de réserve dont la constance ne laisse guère de doute. Elle est partie intégrante du moment de la fête, en constitue même l’un des pivots, au point que l’harmonie collective semble difficilement s’établir sans sa présence. Pourtant, dès que l’on sort de ce cadre ritualisé, elle redevient une figure problématique, soumise à un jugement moral qui puise largement ses critères dans une conception religieuse et normative de l’espace, du comportement et des formes d’interaction entre les êtres. C’est dans cette tension, profondément enracinée, que se construit son image: entre rapprochement et mise à distance, entre reconnaissance fonctionnelle et disqualification symbolique. Elle est nécessaire, mais jamais totalement intégrée ; acceptée, mais sous condition ; visible, mais toujours sous surveillance discrète. La chikha ne peut donc être comprise que dans ce jeu d’équilibre instable entre deux registres contradictoires. Dans cette configuration, les représentations qu’elle suscite ne relèvent pas d’un système univoque. Elles s’organisent plutôt selon une superposition de niveaux : un niveau religieux, qui encadre la pratique et en délimite les frontières du licite et de l’illicite ; et un niveau social, qui reconnaît la fonction tout en reconfigurant constamment la place de celle qui l’exerce dans la hiérarchie des valeurs. C’est ce double cadrage qui produit une image mouvante, située dans une zone intermédiaire : ni pleinement acceptée, ni radicalement rejetée.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqi
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