L’historien franco-marocain Mehdi Ghouirgate vient d’obtenir le prestigieux prix de la meilleure biographie littéraire pour son opus «Ibn Khaldoun, itinéraire d’un penseur maghrébin» (CNRS éditions). Pas étonnant que ce professeur d’histoire à l’Université de Bordeaux et à l’Université Mohammed VI de Rabat relise Ibn Khaldoun à l’aune du XXIème siècle. C’est l’identité du Maghreb en général et du Maroc en particulier qui se construit au travers de concepts tels que l’amazighité et l’arabité. Il y a également la présence étrangère au travers des Lusitaniens et des Ottomans. À tout cela, Mehdi Ghouirgate apporte un éclairage nouveau basé sur les dernières recherches historiques. Rencontre donc avec un homme aussi brillant que discret, avare en confidences, mais au parcours inspirant et riches en perspectives. Bonne lecture.
Citez-nous un livre qui a marqué votre jeune âge.
Plusieurs ouvrages ont marqué mon jeune âge. Il y a celui de l’historien Fernand Braudel, «La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II», le roman de Balzac, «Illusion perdue», celui de Jules Verne, «Michel Strogoff», enfin, et un peu moins dans l’originalité «Don Quichotte» de Cervantès.
Pouvez-vous nous dire un mot sur votre parcours scolaire puis universitaire ?
J’ai eu un parcours à cheval entre le Maroc et les Pyrénées, avec une scolarité en France, et un père installé au Maroc. Je débute d’abord par des études littéraires avant de switcher à la faculté d’histoire, tout en préparant une licence d’arabe. Durant mon parcours universitaire, j’ai voué un intérêt particulier à l’histoire des Annales et à leur pluridisciplinarité. Lors de mes années à la fac, le maître à penser des sciences humaines et sociales est Pierre Bourdieu, la sociologie et l’anthropologie sous leur acception structuraliste. Pour ma thèse de doctorat, j’ai fait du terrain au Maroc mais également en Espagne. En 2011, pour mes études postdoctorales, je me suis retrouvé aux états-Unis, à Chicago, où j’ai fréquenté l’orientaliste Fred M.Donner, spécialiste des Middle Eastern Studies et élève du célèbre arabisant Bernard Lewis. J’ai également passé sept années en Russie, une expérience importante, au vu de l’héritage littéraire et artistique soviétique, qui m’a permis de me décentrer de ma franco-marocanité. Autre marqueur dans mon parcours. La fréquentation de romanciers égyptiens grâce à mon père. Là également ce fut une expérience de décentrement.
Vous intervenez à la fois à l’université de Bordeaux et à l’UM6P de Rabat. Que représente pour vous l’enseignement de l’histoire ?
Mon enseignement s’étale sur plusieurs époques. Je travaille sur la longue durée, des origines du monde arabe à aujourd’hui. Pour cela je me considère autant enseignant que chercheur à la fois à l’Université de Bordeaux, à l’UM6P mais également à Science Po Bordeaux. Ils ont tous une part égale. Mais pour cela, je suis toujours à me réinventer et me réadapter pour maintenir un dialogue approfondi avec mes étudiants et répondre à leurs besoins.On ne peut pas être un chercheur isolé sans rendre compte des changements du monde.
Propos recueillis par Farid Bahri
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