On aura vu, sur nos écrans, les affres de la guerre, à Gaza, avec les images de destruction, les éclats des bombes, leurs boursouflures sur les tentes. On aura vu les corps enrôlés dans des linceuls, quand il y en avait. Mais là, c’est un pan inégalé dans la barbarie, en tuant à petit feu, par l’arme de la famine. On interdit l’accès de l’aide humanitaire à Gaza, ou on la stocke. On la distribue, au compte-gouttes, et l’opération de distribution des vivres devient un attrape-nigaud. Les désœuvrés se lancent derrière les camions autorisés à rentrer, et c’est là que la mitraille les prend pour cibles. Affamer devient une politique qui répondrait à une délectation à déshumaniser ceux qu’on considère indignes d’être des humains. Cela ne correspond pas moins à une stratégie, pour pousser les habitants de Gaza à partir. Et là, la messe sera dite. On dira ce que Ben Gourion avait dit, pour ceux qui ont été forcés de quitter en 1948 : ils ont choisi de partir. Sauf que l’histoire ne se répète pas et le mensonge ne passera pas. Chaque jour, apporte son lot de corps ravagés par la faim, des corps cadavériques ou des cadavres. Ceux qui s’en sortiront, garderont des séquelles indélébiles, pour plusieurs générations. La famine, nous disent les scientifiques, abêtit et contribue à la dégénérescence.
Peut-on se contenter de voir et de s’émouvoir ? Où est donc la communauté humaine, du monde libre, avec son référentiel des droits de l’homme, des Nations-Unies ? Tout au mieux, ils se comportent comme des ONG qui condamnent, exhortent, appellent…
Le monde arabe manque-t-il de leviers pour brider les visées belliqueuses d’Israël, ou à défaut, peser sur Washington, pour qu’elle pèse sur Israël… Washington promet qu’un cessez-le-feu est imminent. Cela fait des mois qu’on ressasse la même chose. Et la tragédie continue.
Le monde est sorti de ses gonds, pour reprendre Shakespeare. La conscience humaine, est mise à rude épreuve. Plus de règles, plus de référents. La logique de la force prime désormais. Tout ce que l’humanité a capitalisé, en termes d’institutions et outils juridiques, depuis la deuxième guerre mondiale, pour que l’innommable, ne se reproduise plus, tombe à l’eau désormais. Ce n’est pas que Gaza qui meurt, mais c’est l’humanité qui se meurt, dans son impuissance, face à la barbarie. On ne peut parler d’indifférence. Tout le monde est conscient du drame, mais bute contre une impuissance inexplicable. A quoi bon toute l’architecture institutionnelle et ce qu’on appelle la communauté internationale, si les prises de positions ne sont pas suivies d’effet. Y compris pour de grandes puissances comme la France et la Grande Bretagne.
Les lendemains seront lourds de conséquences. On ne pourra dire qu’on ne savait pas. La tragédie dont Gaza est le théâtre, est la plus grave des temps modernes, dit le Secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres. On ne peut moins dire.
Gaza est une césure qui mettra le monde à mal. Ces morts, ravagés par la famine, auront la vie longue. Ils ne disparaîtront pas de sitôt. Ils se mueront en fantômes comme celui de Hamlet et gâcheront la quiétude du monde. Le premier à en pâtir sera Israël.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane






































