L’autonomie des provinces sahariennes, telle que présentée par le Maroc en 2007, dans sa philosophie plus que dans ses configurations, était la solution à un conflit qui n’avait pas, initialement, lieu d’être. C’est cette sortie honorable, présentée par le Maroc, qui a rendu la reconnaissance de la marocanité du Sahara possible par de nombreux pays, et non des moindres. La résolution du Conseil de Sécurité, du 31 octobre, ouvre des perspectives à un règlement du conflit. Mais force de reconnaitre que le texte initial diffère du texte final, par une absconse formulation au conditionnel. Cela ouvrirait la voie à moult interprétations. Les juristes, par leurs exégèses, auront du pain sur la planche. Mais là n’est pas le hic.
Il est bon de rappeler certaines évidences. L’autonomie présentée par Rabat ne doit pas, d’une quelconque manière, s’opposer à la souveraineté. Et la souveraineté n’est pas un vain mot. On ne peut être dans la symbolique. Une souveraineté ébréchée n’est pas une souveraineté. Elle ne peut être réduite aux seules fonctions régaliennes. Quid des ressources naturelles, de l’éducation ? Tout comme la femme : ou elle est enceinte, ou elle n’est pas. La souveraineté est une, et elle n’est pas négociable. Faut-il présenter un texte qui tient compte des évolutions et répondre à l’injonction américaine de «genuine autonomy» ? Autrement dit, présenter une dissertation qui sera soumise à la partie antagoniste pour l’évaluer. On pourrait imaginer aisément la réaction du Polisario and Co : «irrelevant». Hors sujet.
Or, pour que l’autonomie soit «genuine» (réelle), il faut qu’elle soit écrite à deux, en fixant le cadre général et les configurations, sous les auspices des Nations Unies. C’est-à-dire que le texte sera la déclinaison juridique d’un accord politique global sur les configurations de l’autonomie, le statut de la population qui a choisi de rester dans les territoires, ou de celle qui s’y trouve et qui y a fait souche, pour parer à des éventuelles représailles et règlements de compte. Sans quoi, on s’enlisera dans un engrenage sans fin.
Les états-Unis sont tout indiqués pour jouer le go between entre les parties concernées, pour un règlement politique. Commencer par la fin, c’est-à-dire la teneur de l’autonomie, est une recette d’échec. Régler le problème politiquement, avec l’entremise américaine entre les concernés, est un préalable. Il faut reconnaitre aux Américains leur pragmatisme, ce qui leur fait adopter des schémas et des modèles. Mais les modèlespeuvent s’avérer inadéquats quand les contextes diffèrent. Une solution à la Kurdistan irakien est d’emblée à rejeter.
Sociologiquement, la texture ethnique et culturelle au Sahara est la même que celle du sud d’Oued Noul. Le mouvement des tribus a été vertical, du sud vers le nord et du nord vers le sud. Il n’a jamais été question de biffer l’identité culturelle hassanienne. Nous ne trainons pas de Halabja. Et si d’aucuns sont tentés de faire des rapprochements entre Kurdes et Sahraouis, il faut aller dans «la logique» jusqu’au bout. Les Kurdes ne sont pas cantonnés qu’en Irak, et les Sahraouis ne sont pas que dans ce qui était appelé le «Sahara espagnol».
Il est bon de régler le conflit, mais pas dans la précipitation. Avec méthode et sérénité. Or, comme dit le proverbe amazigh, «Tmerd, turu afghul» (traduisez : dans sa précipitation, elle a donné naissance à un avorton). N’oublions pas que la terre a son mot à dire, et nous sommes les mandataires de son legs.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane







































