Les Marocains sont devenus passionnés de justice. Ils manifestent ce sentiment individuellement et collectivement, dans la rue, à travers les slogans, pendant les grèves, les sit-in, les manifestations, les marches, sur les gradins des stades, etc. Le sentiment de frustration (hogra) est le moteur du mécontentement social. Il est le premier pas vers la révolte.
La violence n’est plus une valeur, un symbole de virilité et de courage. Elle est socialement assimilée progressivement à la sauvagerie, au manque d’éducation et de civilité. Les différentes composantes de la société et les mouvances politiques radicales ont banni le recours à la violence. Le Maroc a réussi à instaurer progressivement une tradition de protestation sociale pacifique grâce aux actions répétitives, quotidiennes, des jeunes des différents groupes constituant le mouvement des diplômés chômeurs. Ces jeunes diplômés ont été les initiateurs de l’occupation de l’espace public, et ce depuis la seconde moitié des années 1990 et dans des opportunités politiques peu favorables aux manifestations. Les dernières revendications des jeunes Z relatives au système de la santé et de l’enseignement peuvent être de simples slogans mobilisateurs exprimant un malaise profond, un mal-être, une frustration sociale qui n’indique pas son nom. La frustration est un état de tension, une satisfaction attendue et refusée, génératrice d’un potentiel de mécontentement et de violence. La dimension de la sexualité des jeunes qui pose énormément de problèmes sociaux reste encore taboue, même dans la recherche académique. Cette dimension est occultée comme une cause entre autres explicatives des comportements des jeunes filles et garçons en pleine vie. Notre société urbaine est encore rigide ; on l’appelle conservatrice par euphémisme, alors qu’elle est frustratrice. L’amour devrait se faire dans le cadre du mariage. Le retard de l’âge au mariage qui avoisine les 30 ans en moyenne envenime la situation des jeunes filles et garçons. La société ne tolère pas et l’état sanctionne. La société et l’Etat respectent la culture et non la nature. Le Maroc urbain est entré dans la phase de domination des besoins et des modes de vie « artificiels » déterminés par les multiples besoins inventés par le système capitaliste. Les individus sont devenus habités par le désir ostentatoire de la consommation (modes vestimentaires, culinaires, sportifs, électroniques…), du plaisir et du divertissement. La multiplication des besoins et des désirs se développe à l’infini. Mais ils ne peuvent pas être entièrement satisfaits.
Par Abderrahmane Rachik
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