Dans la nuit du 25 au 26 février 1992, la petite ville de Khojaly, au Haut-Karabakh, bascule dans la tragédie. Cet épisode, survenu au cœur de la guerre opposant Arméniens et Azerbaïdjanais après l’effondrement de l’URSS, demeure l’un des événements les plus meurtriers visant des civils durant ce conflit.
Chaque année, le 26 février, l’Azerbaïdjan commémore les victimes de cette nuit qui, selon les autorités azerbaïdjanaises, a coûté la vie à 613 personnes, parmi lesquelles des femmes, des enfants et des personnes âgées. Khojaly est ainsi devenue un symbole mémoriel central dans le récit national azerbaïdjanais de la guerre du Karabakh.
Au début des années 1990, Khojaly est une petite localité stratégique en raison de la présence d’un aéroport. Le siège de la ville s’inscrit dans un contexte d’affrontements intenses, marqué par l’isolement progressif des habitants, la rupture des communications, les pénuries et les bombardements.
Dans la nuit du 25 au 26 février, une opération militaire conduit à la prise de la ville. Une partie des civils tente alors de fuir vers les zones contrôlées par l’Azerbaïdjan. Les circonstances exactes, le déroulement précis des violences et leur qualification font toujours l’objet de lectures divergentes entre les parties et les historiographies.
Pour Bakou, Khojaly constitue un massacre planifié contre des civils et s’inscrit dans une série de crimes de guerre commis durant le conflit. Les autorités azerbaïdjanaises évoquent également des prises d’otages et la destruction quasi totale de la ville, ainsi que des conséquences durables pour les familles déplacées.
Du côté arménien et dans certains travaux internationaux, l’événement est replacé dans la logique plus large d’une guerre caractérisée par des violences réciproques, des responsabilités multiples et un chaos militaire typique des conflits post-soviétiques. Cette divergence d’interprétation explique pourquoi la qualification juridique de Khojaly reste débattue à l’échelle internationale.
Au-delà des controverses, Khojaly s’est imposée comme un lieu de mémoire majeur du conflit du Karabakh. Dans la construction mémorielle azerbaïdjanaise, la ville incarne la souffrance civile, l’exil et la perte territoriale.
Depuis la reprise par l’Azerbaïdjan de plusieurs territoires à l’issue de la guerre de 2020 puis des événements de 2023, Khojaly réapparaît dans les discours officiels comme un symbole de retour, de reconstruction et de justice historique. La ville reste toutefois, pour de nombreuses familles, le rappel d’une blessure ouverte.
Plus de trois décennies après les faits, Khojaly demeure ainsi un épisode central pour comprendre la dimension humaine, mémorielle et politique du conflit du Karabakh, un conflit où l’histoire continue d’être disputée autant que les territoires









































