Partout où vous lorgnez,vous trouverez des flammes de feu, des bruits de bottes ou, à défaut, un discours belliciste. Le monde est un terrain inflammable où chaque étincelle pourrait s’embraser. Naïf celui qui croit en être épargné. Nous revenons à la dure vérité: la guerre a toujours été le moteur de l’histoire et la paix une simple pause entre deux séquences de confrontation. Nous avons cru aux litanies de la der des ders. La guerre russo-ukrainienne, à son quatrième anniversaire, fait toujours rage. La tension augmente à Taïwan, le Moyen-Orient est un espace sans GPS géopolitique, l’Europe se militarise et les pactes se constituent.
Quand un contexte est inflammable, une étincelle peut déclencher le feu. Il ne faut pas se méprendre: l’impossible est possible. Qui pouvait imaginer, il y a un lustre, que la guerre pourrait être déclenchée en Europe ? Ou que l’Europe et les états-Unis puissent vivre une séparation de corps qui pourrait déboucher sur un divorce. Cela a le mérite de nous rappeler quelques souvenirs tombés aux oubliettes, l’Occident ou ce qu’il en était, s’est toujours fait la guerre : l’Angleterre contre la France, Napoléon contre l’Europe, La Prusse contre la France, les Alliés contre les pays du Centre, ou ceux de l’Axe… Le «monde libre» fut une séquence de courte durée…
Huntington voulait rectifier le tir pour arguer que les guerres inter-occidentales furent, in fine, des guerres civiles, y compris les deux grandes guerres mondiales. La vérité est là, pour rappeler que les lignes de fracture sont inter-civilisationnelles.
Il n’y a, dans ce crépuscule de la raison, aucun havre de paix, si ce n’est des axes entre pays, des programmes d’armement, voire le retour aux zones d’influence, le néocolonialisme tout cru, sans vergogne. Quelle régression est le sort de l’humanité ! Qui pourrait incriminer le colonialisme, quand nous vivons l’émergence d’un colonialisme volontaire. Un pastiche entre la Boétie, auteur de la servitude volontaire, et Malek Bennabi, sur la colonisabilité.
On voudrait peut-être croire à cette maxime de Shakespeare : un ciel couvert ne s’éclaircit point sans orage (so foul a sky, clears not without a storm). Mais l’orage, s’il éclate, risque d’être le dernier. Quelle déchéance ! Oui, oui, devant le vide abyssal des tisseurs du rêve, c’est-à-dire les clercs.Nous vivons un autre round de «la trahison des clercs». Dans notre pourtour, nos voisins jouent à la provocation et tirent le diable par la queue, forts de leur quincaillerie d’un autre âge. Nous ne voulons pas la guerre, par sagesse, mais nous ne la craignons pas si elle s’impose. L’humanité n’apprend pas de ses dérives. Un monde nouveau est en gestation et il se fera dans la douleur. Puissent des voix de raison émerger et qui se feront entendre. À l’heure où j’écris ces lignes, le Golfe arabo-persique peut s’embraser et la contexture du Moyen Orient, déjà complexe, le sera davantage. Qui pourrait parler de dividendes de la paix ? Qui oserait sortir une telle lubie quand on ne voit que de la fumée. Mais, gardons espoir. Plus grand ce qui nous menace, plus grand sera ce qui nous sauvera, comme dirait Hölderlin, que je cite de mémoire.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane









































