À Smara s’est tenue du 6 au 16 février 2026 une résidence artistique intitulée «Akbar, les Oiseaux migrateurs», consacrée à la valorisation de la mémoire collective ainsi qu’à la préservation du patrimoine culturel et environnemental des provinces du Sud du Maroc. Cette manifestation, organisée avec le soutien du ministère de la Culture, s’inscrit dans une dynamique de création attentive au territoire, à son histoire, à ses traditions vivantes et à ses expressions sensibles, tout en affirmant la place de l’art contemporain comme espace de réflexion, de transmission et de partage.
Cette initiative culturelle et artistique relevait du projet itinérant «Les Oiseaux migrateurs», dont l’ambition est de mettre en relation la pratique artistique contemporaine avec les notions de mémoire, de déplacement, d’environnement et de spiritualité. À travers cette démarche, il s’agissait également de réhabiliter le lieu comme composante essentielle de la construction de l’identité culturelle, en considérant l’espace naturel et humain non seulement comme décor, mais comme partenaire actif du processus de création. Le projet proposait ainsi une expérience où l’art devient un médium d’écoute du territoire, de ses récits silencieux, de ses traces visibles et invisibles, et de ses continuités historiques.
Durant dix jours, les artistes invités (Kenza Benjelloun, Fatima Bousaid, El Imam Djimi, Etayeb Nadif, Hassan Abarou et Omar Saadoune) ont conçu et réalisé des œuvres in situ, en privilégiant l’usage de matériaux trouvés sur place ou introduits dans un souci constant de respect écologique et d’harmonie avec l’environnement. Ce travail d’immersion, fondé sur l’observation, la marche, la rencontre et le dialogue avec le paysage, a permis l’émergence de formes plastiques profondément liées à la vallée d’El Asli, à ses rythmes naturels, à sa lumière, à ses mémoires enfouies et à ses résonances symboliques. Chaque création s’est développée comme une tentative d’habiter poétiquement le lieu, d’en révéler la dimension spirituelle et de proposer une lecture sensible du rapport entre l’humain et son milieu.
Habitées par des questionnements à la fois spirituels, environnementaux et mémoriels, ces œuvres ont transformé la vallée en un espace temporaire de contemplation, de dialogue et d’expérimentation. Le site est ainsi devenu un laboratoire ouvert où se croisent gestes artistiques, expériences sensibles et imaginaires partagés, donnant naissance à une cartographie éphémère de formes, de signes et de présences. Cette transformation du paysage par l’art, discrète mais signifiante, témoigne d’une approche respectueuse qui privilégie l’écoute plutôt que l’imposition, la relation plutôt que la domination.
Pensées pour pouvoir circuler et être présentées dans d’autres contextes d’exposition, ces créations prolongent l’expérience de la résidence au-delà de sa temporalité immédiate. Elles participent d’une véritable diplomatie culturelle et artistique, porteuse de sens, d’échange et de rayonnement, contribuant à faire connaître la richesse des territoires du Sud ainsi que la vitalité de la scène artistique marocaine contemporaine.
Par Moulim El Aroussi









































