Rien n’est plus faux que d’affirmer que le choc de la modernité n’a jamais frappé le Royaume chérifien. Y compris sur le plan politique, où l’état marocain a été profondément ébranlé. Durant le règne du grand sultan Moulay El Hassan (Hassan I), le Makhzen, déstabilisé par l’influence déstructurante des forces occidentales, ne parvient plus à imposer son autorité dans les souks. Sa souveraineté ne s’exerce que sur une partie du territoire et une partie des populations. En dépit des efforts rénovateurs du sultan Mohammed IV, et l’énergie entreprenante de son fils le sultan Hassan I, le «sursaut national» ne se produit pas. Cette grande déchirure produite par le choc de la modernité occidentale ne peut se cicatriser par des remèdes traditionnels. Pour leur part, les sultans Moulay Abdelaziz et Moulay Abdelhafid cherchent à provoquer ce fameux «sursaut» patriotique. Ils s’enlisent lamentablement. Le premier tente de singer la modernité occidentale, mais se heurte à un Maroc conservateur qui rejette son projet. Le second joue le conservatisme populiste pour sauvegarder l’indépendance du pays, mais ne fait que précipiter sa colonisation. Cette faillite politique du Makhzen en 1912, ne traduit que l’incapacité de l’intelligentsia marocaine à inventer et mettre en œuvre une modernité propre au pays…









































