Avec la mort de Sidi Mohammed ben Abdallah, le Maroc allait connaitre une période de turbulences politiques qui devaient remettre en cause les acquis du règne stabilisateur de ce grand sultan. Une fois de plus, le pays allait souffrir d’un système politique qui n’avait pas réussi encore à définir les règles d’une succession pacifique et ordonnée du pouvoir monarchique.
Avant de rendre l’âme, le 9 avril 1790, Sidi Mohammed avait vu s’écrouler devant ses yeux le grand projet de stabilisation politique dans lequel il avait investi toutes ses énergies. Cinq ans avant sa mort, tout l’édifice du système patiemment élaboré pendant plus de 30 ans commençait à s’écrouler. L’armée des ‘Abid, principal levier militaire du Makhzen, s’insurgea en 1775 et proclama sa bay‘a (allégeance) à Moulay El-Yazid, fils du sultan. Depuis cette rébellion, Sidi Mohammed n’avait pas cessé de batailler pour rétablir l’ordre à l’intérieur de la maison royale, notamment par l’éloignement d’El-Yazid des affaires publiques. Mais aucune action ne semblait arrêter la dégringolade. Le mal était si profond et témoignait d’un refus populaire de tout un choix politique. Le sultan finit par désavouer son propre fils et héritier présumé, en avertissant solennellement le peuple contre le choix d’El-Yazid comme son successeur. Peine perdue car les forces vives du pays (chorfas, zaouias et oulémas) étaient toutes au rendez-vous pour proclamer unanimement le prince rebelle comme sultan, le lendemain de la disparition de Sidi Mohammed. Heureusement, le règne chaotique d’El-Yazid ne dura pas longtemps. Lâché par l’armée et ses alliés, faute de fonds, et ruiné par une guerre impulsive contre l’Espagne, il fut tué le 23 février 1792 lors du combat qu’il livra contre son frère Hicham, soutenu et armé par Madrid. Les conditions étaient toutes réunies pour une transition anarchique et une guerre civile qui ne durera pas moins de cinq ans.
Par Mohamed El Mansour
Lire la suite de l’article dans Zamane N°182







































