Le Maroc artistique est en deuil. Le chanteur, compositeur et musicien marocain Abdelwahab Doukkali s’est éteint ce vendredi, laissant derrière lui une œuvre immense qui a profondément marqué l’histoire de la chanson marocaine moderne. Pendant plus de six décennies, l’artiste a accompagné plusieurs générations de Marocains à travers des chansons devenues intemporelles, mêlant raffinement mélodique, poésie et identité marocaine. Figure majeure du paysage culturel national, Abdelwahab Doukkali fut l’un des artisans de la modernisation de la chanson marocaine au lendemain de l’indépendance. À une époque où la musique orientale dominait largement les ondes arabes, il a contribué à imposer une sensibilité marocaine singulière, enracinée dans le patrimoine local mais ouverte aux influences contemporaines.
Né à Fès en 1941, l’artiste se forme très tôt à la musique, au dessin et au théâtre avant de rejoindre Casablanca, où débute réellement sa carrière à la fin des années 1950. Très vite, sa voix grave et son style élégant séduisent le public marocain puis arabe. Il enchaîne alors les succès et signe plusieurs classiques qui traverseront les décennies, parmi lesquels «Mersoul Al Hob», «Ma Ana Illa Bachar», «Kan Ya Makan» ou encore «Souk Al Bacharia».
Mais Abdelwahab Doukkali n’était pas seulement un interprète. Compositeur exigeant et innovateur discret, il a façonné un langage musical propre, cherchant constamment à donner à la chanson marocaine une identité autonome, loin des simples imitations des modèles du Machreq. Cette quête artistique lui vaudra une place à part dans la mémoire culturelle marocaine.
Au fil de sa carrière, il reçoit de nombreuses distinctions au Maroc et dans le monde arabe, tout en conservant une aura rare, faite de discrétion médiatique et de fidélité à une certaine idée de l’art. Pour beaucoup, il incarnait l’âge d’or de la chanson marocaine, aux côtés des grandes figures qui ont construit le patrimoine musical national au XXe siècle.
L’annonce de sa disparition a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux, où artistes, journalistes et anonymes ont partagé extraits de chansons, archives et hommages. Au-delà de l’artiste, beaucoup saluent aujourd’hui la disparition d’une voix qui aura accompagné les joies, les nostalgies et les souvenirs de plusieurs générations de Marocains.









































