Après près d’un an dans les prisons algériennes, Boualem Sansal retrouve au Maroc des lecteurs et une part de son histoire familiale. Un séjour de retrouvailles, marqué par l’épreuve de la détention et une parole toujours aussi sévère envers le pouvoir d’Alger.
« Ici, je retrouve mon sourire, je retrouve ma joie et je trouve l’amitié». À Rabat, le 2 novembre, ces mots de Boualem Sansal prennent un relief particulier. Un an auparavant, l’écrivain était encore détenu en Algérie, condamné à cinq ans de prison pour ses propos. Invité à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Mohammed V, il mesure aujourd’hui le chemin parcouru depuis sa cellule.
Du Maroc, il décrit les transformations économiques, agricoles, scientifiques et culturelles. Il y voit les résultats d’une stratégie de développement et les ressorts d’une attractivité internationale croissante. Mais le voyage touche aussi à l’intime. Quelques jours plus tôt, à Casablanca, lors de la rencontre «Le Grand Témoin», Sansal avait évoqué son ascendance marocaine et son désir ancien de revenir. Dès juillet, il écrivait aux Marocains : «Je refuse que les frontières aient le dernier mot.»
L’épreuve algérienne
Derrière l’émotion des retrouvailles demeure une année de liberté confisquée. Arrêté à Alger le 16 novembre 2024, Sansal avait été condamné notamment pour «atteinte à l’unité nationale». En cause, ses déclarations sur l’appartenance historique au Maroc de territoires de l’ouest algérien, avant le redécoupage colonial français. Sa peine, confirmée en appel, le condamnait à cinq années d’enfermement. Une grâce présidentielle, accordée le 12 novembre 2025, avait finalement mis fin à près d’un an de détention.
À Casablanca, Sansal a raconté avoir réclamé davantage qu’une sortie de prison. Il affirme avoir écrit au président Abdelmadjid Tebboune pour demander un procès où il pourrait se défendre avec son avocat et des témoins. Être libéré ne suffisait pas : il voulait répondre aux accusations. Son livre La Légende prolonge cette contestation. L’épreuve n’a pas émoussé sa critique d’un pouvoir dont il estime que l’hostilité envers le Maroc sert la survie politique.
À Rabat, les étudiants l’ont aussi ramené à ses livres : Le Village de l’Allemand, Rue Darwin, 2084, mais également à la place du français au Maghreb. Élu à l’Académie française en janvier 2026, Sansal y a défendu une littérature qui exerce l’esprit critique. Après des mois à devoir répondre de ses paroles devant des juges, l’écrivain retrouve les questions de ses lecteurs.









































