Portée par Othman Benjelloun, la Tour Mohammed VI a changé le paysage de Rabat et de Salé. Un documentaire présenté le 2 novembre à Casablanca retrace l’aventure humaine et technique de sa construction, entre ambition individuelle et œuvre collective.
Il est des ambitions qui prennent la forme d’un édifice. Pour Othman Benjelloun, celle de la Tour Mohammed VI s’est inscrite dans le paysage à 250 mètres de hauteur. Avant de s’inscrire dans le paysage, elle a pris forme dans l’imaginaire d’un homme. En 1969, Othman Benjelloun effectue un voyage à la NASA, où il assiste à une simulation de la mission Apollo 12. Le souvenir de cette expérience spatiale nourrira, des décennies plus tard, un projet bien terrestre : une tour dont la silhouette fuselée évoque l’élancement d’une fusée. Pour le président du groupe « O Capital », bâtir devient une autre manière de se projeter dans l’avenir.
Une œuvre collective
Cette ambition est au cœur de La Tour Mohammed VI : L’Héritage du Futur, produit par Dounia Benjelloun Mezian et réalisé par Abderrahim Mettour. Présenté en avant-première le 2 novembre à Casablanca, le documentaire condense en 52 minutes une aventure suivie pendant sept ans par les équipes de tournage. À l’hommage rendu par une fille à son père s’ajoute la volonté de conserver la mémoire d’un chantier et de ses acteurs. Le récit va de la pose de la première pierre par Mohammed VI, le 1er novembre 2018, à l’inauguration par le prince héritier Moulay El Hassan, le 13 avril 2026. Entre ces deux cérémonies, une multitude de métiers se rencontrent. Plus de 2 500 collaborateurs de quinze nationalités ont été mobilisés, selon les chiffres présentés par Leila Haddaoui, directrice générale déléguée d’O’Tower.
Architectes, ingénieurs, artisans, ouvriers et techniciens donnent corps à cette histoire. Le film souligne aussi la place des femmes dans cette entreprise. Derrière les dimensions du bâtiment, il retrouve ainsi ce que les monuments achevés tendent à effacer : les gestes, les compétences et les efforts nécessaires à leur naissance.
Bâtir et transmettre
Conçue par les architectes Rafael de La-Hoz et Hakim Benjelloun, la tour réunit sur 55 étages bureaux, résidences et hôtel. Son architecture intérieure, confiée à Pierre-Yves Rochon, fait dialoguer création contemporaine et références au patrimoine marocain. L’innovation technique, notamment la double peau photovoltaïque évoquée dans le documentaire, côtoie les savoir-faire artisanaux.
Cette rencontre donne au projet une portée qui dépasse la seule hauteur. Les édifices racontent toujours quelque chose de la société qui les construit : ses moyens, ses échanges, ses goûts et l’image qu’elle souhaite laisser. Sur les rives du Bouregreg, la tour ajoute un signe contemporain à un paysage chargé d’histoire. L’Héritage du Futur assume un regard admiratif sur cette réalisation. Son intérêt tient aussi aux traces qu’il rassemble. Car un monument ne devient pas un héritage par sa seule inauguration. Il le devient avec le temps, les usages et les regards. Le chantier est terminé ; son histoire dans la ville commence.
Younes Mesoudi







































