L’année 2013 signe pour Société Générale, l’une des banques les plus influentes du Maroc, son entrée dans l’Histoire. Cette grande dame de la finance célèbre son centenaire d’existence au Royaume et réserve encore bien des surprises pour l’avenir.
Une entreprise centenaire est souvent gage de crédibilité. Société Générale ne déroge pas à cette règle et son incroyable parcours à travers le XX e siècle en témoigne. Dans un secteur aussi sensible que le domaine bancaire, les miracles n’existent pas. Pour traverser l’histoire, il faut s’adapter à son époque. Plus encore, il faut réussir à anticiper, à toujours avoir un coup d’avance. En somme, il faut être visionnaire. L’année 1913 est celle de l’ouverture de la première agence Société Générale au Maroc. La banque opte pour Casablanca, encore modeste, pour faire ses premiers pas. Un pari osé, mais un pari gagnant ! Car rapidement la ville blanche deviendra la capitale économique du Royaume, plaçant ainsi Société Générale au cœur de l’activité économique et financière du Maroc. Pour ne rien laisser au hasard, une agence bancaire s’ouvre également à Tanger, place forte du trafic maritime et diplomatique. Avec l’installation de l’administration coloniale, certaines entreprises de l’hexagone ont relevé le défi marocain.

Société Générale en fera partie. Fondée en 1864 par un décret de l’Empereur Napoléon III, la banque est chargée de «favoriser le développement du commerce et de l’industrie française». En plein essor industriel en Europe, Société Générale est dès sa naissance, tournée vers l’avenir. Sans attendre, la banque fait preuve d’une redoutable efficacité. En 1870, elle dispose déjà de 15 guichets à Paris et 32 en province. Une année plus tard, Société Générale entre sur le marché des émissions publiques et participe ainsi à l’emprunt national français. C’est donc avec une brève mais solide expérience, que la banque se lance dans le marché marocain. Dès lors, la filiale au Maroc s’imprègne de l’identité du Royaume chérifien, qu’elle accompagnera durant l’Histoire.
Mission : Réseau national
La première agence de Société Générale s’implante au cœur de la médina de Casablanca, plus précisément, rue du Commandant Provost (ancienne rue des Consuls). Cet emplacement stratégique permet à la banque de tutoyer le port de la ville, avec tous les avantages que cela comporte. L’agence se construit également à quelques pas d’un haut lieu des affaires et d’échanges de titres fonciers : le célèbre Café du Commerce qui servira de vivier à Société Générale. Dix ans plus tard, en 1923, l’agence décide de déménager et investit le boulevard de la Gare (aujourd’hui Mohammed V). Encore une fois, la stratégie qui consiste à miser sur des lieux en devenir est payante. L’axe devient influent et parmi les plus fréquentés de la ville. Le bâtiment se trouve au numéro 84 de ce même boulevard. Il est l’œuvre d’un architecte de renom : Edmond Gourdain. Ce dernier s’inspire du style néo-mauresque, très en vogue à l’époque. L’esthétique accompagne la réussite. De 1913 à 1930, l’agence casablancaise est passée d’un profit de 18 705 à 2 315 115 francs. Une progression qui souligne les bonnes orientations prises par la banque, dès son installation au Maroc. Cependant, les années 1950 apportent leur lot de difficultés. La concurrence devient rude dans le secteur bancaire en même temps que se développe l’industrie marocaine. Mais grâce à des débuts précoces et réussis, Société Générale est désormais une référence. Suite à de nouvelles demandes concernant les crédits à l’agriculture, l’entreprise entrevoit la possibilité de s’installer dans d’autres villes de l’intérieur du pays. Meknès et Kénitra vont être les premières cibles d’une nouvelle et ambitieuse politique. En mars 1956, le défi de l’Indépendance se pose à Société Générale. Cette date est marquée par une chute des investissements privés et une fuite significative des capitaux. L’entreprise doit se tourner vers une clientèle marocaine encore en mal de pouvoir d’achat.

Dès lors, Société Générale prend les devants et anticipe la marocanisation de l’économie. Le 30 juin 1962, la Banque passe du statut de succursale à celui d’une banque de droit marocain, sous l’appellation Société Générale Marocaine de Banques. La bonne santé de la société lui permet d’accéder à une nouvelle dimension, en se positionnant comme une structure capable de répondre aux défis structurels qui attendent le pays. Société Générale n’a alors de cesse d’augmenter son capital pour se placer parmi les banques les plus compétitives du Maroc. En parallèle, la formation interne devient l’une des priorités du groupe, qui mise dès 1976 sur la création d’une agence-école pour répondre à la grande diversité des besoins dans ce domaine. Deux années plus tard, plus de 200 jeunes profitent de l’aubaine. Les années 1970 sont marquées par le tournant du commerce international, un wagon qui n’échappe pas à Société Générale Maroc. Une stratégie orientée par le faible taux de bancarisation du pays, qui ne compte que très peu de particuliers utilisateurs. En 1976, le capital de Société Générale Maroc atteint près de 33 millions avant d’atteindre les 51 millions de dirhams en 1979, alors même que le déficit commercial du pays atteint des records. Un bilan de bonne augure avant d’affronter la libéralisation qui marque les années 1980. A la fin de cette décennie, Société Générale compte 78 agences dont 30 à Casablanca et Mohammédia. L’extension de l’entreprise surprend le monde bancaire. Pourtant, depuis le siècle dernier, le savoir-faire du groupe Société Générale en matière de décentralisation a fait ses preuves. Entre temps, le capital ne cesse d’augmenter et s’ouvre même aux salariés en 1994.

Au milieu des années 1990, la banque se penche sérieusement sur les besoins de financement des PME qui se multiplient. L’implication de l’entreprise remporte un vibrant succès auprès de ces derniers. De fait, le cap des 100 agences Société Générale Maroc est franchi en 1995. Le défi de la mondialisation se profile à l’horizon et encore une fois, l’entreprise ne se fera pas surprendre. En interne et dès 2002, la stratégie mise sur la dualité de la gouvernance. Elle comprend un Conseil de Surveillance qui élabore les grandes orientations et un Directoire chargé de la gestion opérationnelle. Aujourd’hui, la tactique est payante et Société Générale au Maroc continue d’engranger les succès. Elle compte 4000 collaborateurs, 400 agences et 13 filiales spécialisées, dont la Marocaine Vie, Eqdom, Tanger offshore, etc. Ces dernières sont nées de l’impératif de la diversification qui permet à la banque d’élargir son activité, dans un monde de plus en plus concurrentiel. L’innovation dans l’ADN, Société Générale Maroc lance Sogetel, le premier véritable service de banque par téléphone. Une banque, qui plus que jamais, prouve qu’elle sait s’inscrire dans l’air du temps.
Par Younes Messoudi








































