Découverte mondiale, extraordinaire : des restes d’homo sapiens vieux d’au moins 300.000 ans, retrouvés sur Jbel Irhoud, dans la région de Youssoufia. Cela repousse de près de 100.000 ans l’ancienneté de l’un des ancêtres de l’homme. Et cela déplace aussi les origines vers l’Afrique du Nord, là où elle était plutôt confinée à l’Afrique de l’Est et celle du Sud. Cet événement a bien sûr une portée scientifique exceptionnelle. Parce qu’il déplace les frontières du possible et de l’imaginable, quant à la longue, très longue histoire de l’humanité. C’est un vivier passionnant, inépuisable. Mais, derrière les enjeux scientifiques et historiques, la découverte de Jbel Irhoud bouleverse, bien entendu, tout un tas de croyances et apporte son lot d’interrogations – questionnements touchant tant au spirituel, au philosophique, qu’au religieux. Cela touche à des points sensibles comme l’histoire de l’humanité, la théorie du premier homme (et de la première femme), les notions de «jardin d’Eden», etc.
Même si elles sont reléguées, pour le moment du moins, loin derrière les grandes questions scientifiques, froides et techniques, ces volets «non matériels» ont leur importance. Ils sont sur toutes les langues, dans tous les esprits. Zamane a choisi, donc, de revenir sur cette aventure extraordinaire, qui a secoué le monde au-delà de la seule communauté des chercheurs et des scientifiques. Un site, une expédition scientifique, des fouilles, des examens, des recherches, etc. Mêlant des éléments de reportage à l’enquête de terrain, sans oublier l’enquête (ou la contre-enquête) historique, et les interviews croisées, nous vous invitons à faire le tour de la question, voire des questions. À la fin, bien sûr, chacun est libre de faire la part des choses.
Seul dans un petit carré d’ombre épargné par l’écrasante chaleur de juin, un jeune homme pianote sur le clavier de son téléphone. à la question de savoir où se trouve Jbel Irhoud, le garçon se lève et indique de la main une lointaine colline qui se dresse à une vingtaine de kilomètres. Intrigué, il demande si notre visite est en lien avec l’annonce de la découverte des ossements humains. La confirmation de son intuition crée chez le jeune homme un enthousiasme certain. Il s’empresse de replonger dans son téléphone et le tend : «Regarde, c’est une vidéo du journal télévisé. Il parle de nous». Ici, l’annonce des résultats de l’analyse des pièces archéologiques, survenue au début du mois de juin dernier, n’est pas passée inaperçue. à Youssoufia, ville phosphatière située à quelque 40 kilomètres du site, seuls quelques habitants connaissent ce site, refuge des plus anciens ancêtres de l’homme moderne connus à ce jour. Dans cette bourgade de transit, également connue comme l’une des places fortes de l’Office chérifien des phosphates, les habitants évoquent «le squelette» ou encore «nos arrière-grands-pères». Bien qu’ils aient entendu parler de la découverte, peu en mesurent la véritable portée. Pour se rendre sur place ( à près de 300 kilomètres au sud ouest de Casablanca) depuis Youssoufia, il faut suivre la route 201 en direction de Chichaoua. Sur le trajet, le paysage est de moins en moins verdoyant puis se transforme rapidement en immensité aride et rocailleuse. Seuls quelques poids lourds et pick-up arpentent ces chemins familiers seulement aux professionnels du transport. En dépassant la commune de Chemmaia, une petite route secondaire permet, au détour d’un croisement, de rejoindre l’intérieur des terres. Au fond de cette route défoncée par les camions, se dessinent les contours d’un relief appelé « jbilate », ou les petites montagnes.
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