Il est un symbole de la résistance, revendiqué à la fois par le Maroc et la Mauritanie. Mae El Ainine, né aux confins du Sahara, a été un marabout aux croyances mystiques, un savant prolifique, un défenseur de l’unité musulmane et, surtout, un opposant au colonialisme, qui s’est rêvé sultan.
Tout le monde se réclame de Mae El Ainine. C’est un héros national pour le Maroc et la Mauritanie, et une grande figure sahraouie pour le Front Polisario. Omar Benjelloun, le défunt militant socialiste, le comparait même à Abdelkrim El Khattabi et voyait en lui l’un des premiers nationalistes de l’histoire du Maroc; une façon aussi pour le militant de justifier la marocanité du Sahara. D’ailleurs, les descendants de Mae El Ainine se trouvent eux-mêmes aussi bien au Maroc, en Mauritanie que dans les rangs du Front Polisario ; on imagine dès lors les débats enflammés lors des réunions de famille. Tout a été écrit sur celui qu’on surnommait le “Sultan bleu”, tantôt sorcier illuminé (pour les Français), tantôt résistant farouche à l’envahisseur colonial, voire messie. Ce qui est sûr, c’est qu’il était un homme prestigieux, digne des plus grandes figures marocaines, voire africaines. Mae El Ainine, qui signifie « l’eau des yeux » en arabe, est né en 1825 à Oualata, une oasis située à l’est de Tombouctou, aux confins nomades du Sahara et du Sahel mauritano-malien. Son véritable nom est Mohamed Mustapha ould Cheikh Mohamed Fadel ould Mamoun. Il est le douzième d’une lignée de quarante-huit enfants. Jeune, il est en contact avec deux grandes tendances de l’islam ouest-africain de l’époque. « D’un côté, il a baigné dans le courant mystique et confrérique, représenté au plus haut point par son père, Mohamed Fadil, de l’autre, il a découvert les idées d’un combat religieux à mener contre les non-musulmans et les mauvais musulmans, à travers les actions de jihad de Uthman Dan Fodio, au Nigéria du Nord, de Sheikou Amadou dans le Masina malien et surtout d’al-Hajj Umar Tall, qui, à partir de 1855, allait bouleverser tout l’ordre social entre les rives du Sénégal et du Niger », écrit Constant Hamès, anthropologue. La conjonction de ces deux grandes tendances conditionneront la trajectoire de vie de Mae El Ainine.
Par Nina Kozlowski
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![Slave market near Kenneh, Egypt, engraving from 1857 Scenes of a Voyage in the Orient by Louis Libay
Photo Credit: [ The Art Archive / Geographical Society Paris / Gianni Dagli Orti ]](https://zamane.ma/wp-content/uploads/sites/6/2018/01/Esclave-12-75x75.jpg)

