Avant d’être un phénomène de société très actuel, les chorfa ont une longue histoire qui se confond avec celle du Maroc islamique. Leur place est centrale. Même s’ils n’ont pas toujours été au cœur du pouvoir, ils ont toujours constitué l’exception, c’est-à-dire une élite et une communauté à part. Parce qu’ils ont un titre, et que ce titre avait et a toujours son importance, le statut de chérif était convoité, créant parfois une confusion dans laquelle les faux se mêlaient aux vrais chorfa. Les descendants du prophète de l’islam et leurs multiples branches, qui se comptent aujourd’hui par millions, éparpillés dans le monde entier, ont une histoire particulière au Maroc. Dans laquelle le facteur religieux est intimement lié au politique. C’est cette histoire, ses origines, sa signification, sa portée extraordinaire, que Zamane a choisi de décrypter pour vous, en donnant la parole aux spécialistes de la question. Et en restituant toute la complexité du phénomène, y compris dans sa dimension religieuse ou sociologique.
Les Mérinides ont donc adopté le réflexe et en ont revendiqué la paternité, dans le but de se rapprocher de la communauté, et de gagner une sorte de légitimité. La première célébration officielle a eu lieu en 1292, sous le règne du sultan Youssouf Ibn Yacoub. Le septième jour a eu, lui aussi, droit à une célébration sous le sultan Abou Said Othmane. Quant à Abou Inane, il a décidé de prendre en charge les célébrations à travers tout le royaume. Ce geste de récupération politique connut d’autres développements. Les Mérinides mêlèrent ainsi d’autres festivités à la célébrité du Mawlid, comme les concours de poésie (à la gloire du prophète) dont ils firent une spécialité à Fès, avec la désignation annuelle du titre de «prince des poètes». L’heureux élu pouvait gagner jusqu’à 100 mithqal (unité monétaire de l’époque), en plus d’un cheval et d’une esclave. Les Mérinides profitaient de cette période, où leur popularité était au zénith, pour faire passer leurs grandes décisions politiques, qu’elles concernent les affaires intérieures ou extérieures du pays. L’occasion était aussi belle pour se rapprocher de tous les chorfas du pays.
Dossier coordonné par la rédaction
Lire la suite de l’article dans Zamane N° 87
































