Grande figure, à la fois du spectrum politique et institutionnel du Maroc de la post-indépendance, Ahmed El Hamiani Khatat est presque absent de l’historiographie du Maroc indépendant. Un oubli à réparer…
Il était signataire du Manifeste de l’indépendance, faisant office de ministre de l’intérieur de fait, dans la phase intérimaire, de novembre 1955 à mars 1956. Il aura à accompagner une phase tumultueuse, en tant que directeur des affaires politiques dudit ministère, celle du soulèvement d’Addi Ou Bihi en 1957. Il a été l’un des artisans du Dahir des libertés publiques de 1958. Nommé directeur du Cabinet royal en 1958, il devient, en 1960, président de la Cour Suprême, le premier, cela dit en passant. Il occupera, dans la foulée de la première Constitution de 1962, le poste de ministre de l’Intérieur en 1963. Il aura à instruire, en sa qualité de président de la Haute Cour de Justice, le dossier du complot de 1963. Un dossier que, du côté de l’UNFP, l’on voudrait assimiler à une machination du pouvoir…
Aidé par sa fine maitrise du droit et sa double culture bilingue, El Hamiani a été un des artisans des premiers jalons du ministère de l’Intérieur, mais aussi du système judiciaire marocain. Mais il aura du mal à trouver sa place dans la dérive sécuritaire des années de plomb, depuis 1965, et disparaitra ainsi des radars. On gagne à connaître cet homme, symbole de ce que d’aucuns appellent la souveraineté juridique du pays dans une phase cruciale de son histoire, et non moins tumultueuse, au lendemain de son indépendance, quand le royaume manquait de cadres, même s’il ne manquait pas de politiques, voire de politiciens.
Par Hassan Aourid
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