Retour sur le parcours hors-normes d’un auteur né il y a cent ans, dont la vie et l’art ont été marqués, plus que tout, par les fractures.
Je ne l’ai rencontré que deux fois dans ma vie :la première en 1993 en Provence française, non loin de la ville d’Avignon, où un politique socialiste français avait pris l’initiative de faire rencontrer quelques intellectuels maghrébins pour faire la fête. Mais au-delà de la généreuse idée festive, l’amphitryon préparait une campagne électorale et avait besoin de voix. Mu par la curiosité, j’avais répondu à l’invitation. Sur place, je découvris que Driss Chraïbi était parmi les convives. Au moment de le saluer, il m’a regardé, car il avait reconnu l’accent, et m’a dit : «Tu es d’où? ». Je répondis que j’étais marocain. «Non, me dit-il, de quelle ville ?». Je répondis: «El Jadida». «Mon compatriote !», m’a-t-il répondu. Nous avons complètement décroché de la réunion et, pendant des heures, nous avons parlé du Maroc, d’El Jadida, de littérature, de philosophie, de religion, de vin, de fromage et d’autres choses.
La deuxième fois, c’était en 2007 à El Jadida, dans l’ascenseur d’un hôtel. J’étais en compagnie de Kenza. Il me reconnut et ne me lâcha plus. Il fallait que nous parlions. Il était fatigué. Il fumait sans arrêt. Nous prîmes le temps de discuter en attendant la personne qui devait venir le chercher. Nous avons parlé de tout… Je ne savais pas que ce serait la dernière rencontre. Un mois après, j’appris par la radio la disparition de Driss Ferdi, comme il s’était fait appeler dans «Le Passé simple».
Par Moulim El Aroussi
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