La sociologie est une science qui offre un ensemble d’outils utiles, voire indispensables, pour observer une société et mesurer son état d’avancement. Combattue à un certain moment, l’enseignement de la discipline a repris du poil de la bête, mais sans parvenir à répondre à toutes les attentes, lesquelles sont immenses et dépassent le strict cadre de la recherche universitaire… Tour d’horizon avec Jamal Khalil, un des meilleurs spécialistes de la question, qui porte un regard plein d’acuité sur l’évolution de la société marocaine, n’hésitant pas à pointer les derniers blocages qui retardent son épanouissement.
Vous avez publié plusieurs ouvrages, essentiellement dédiés à la sociologie. Mais votre prochaine parution sera autobiographique : y évoquez-vous votre enfance ?
Ce n’est pas exactement une autobiographie car la mémoire limitée complique le travail. J’ai été confronté à cet obstacle dès la première ligne ; les souvenirs viennent et s’en vont, ça dépend des jours. On peut qualifier ce texte comme une série de fragments de ce que j’ai pu retrouver. Je pense que chaque sociologue devrait dire d’où il vient, parce qu’on ne dit pas la même chose lorsqu’on vient d’un milieu intellectuel, aisé ou populaire. Je pense aussi que les passages de l’enfance et de l’adolescence demeurent déterminants.
Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance à Casablanca ?
Je suis né en 1955, au quartier Bouchentouf. Nous étions voisins du chanteur Mohamed El Hayani et du pionnier du cinéma marocain, Mohamed Ousfour. Le jour de ma naissance, qui était prématurée, il y avait un couvre-feu. Mon père, recherché par la police de Boniface, s’est déplacé de maison en maison à travers les terrasses pour ramener une qabla (sage-femme)… À Bouchentouf, et jusqu’à mes 10 ans, je passais le plus clair de mon temps dans la rue. Ce qui était intéressant, ce sont les deux ou trois marchands qui vendaient ou échangeaient les bande-dessinées contre un rial ou deux. C’est là où j’ai commencé à lire… À Bouchentouf, je me souviens des événements de Mars 1965, avec les coups de feu et le reste. L’un de nos voisins a reçu une balle dans la rue, son corps est resté sur place jusqu’au petit matin… Plus tard, à l’âge de 11 ans, nous avons changé de quartier, passant de Bouchentouf au Val Fleuri, où il n’y avait pratiquement que des Européens. Je fréquentais plutôt la cité «Plateau» avoisinante. J’ai grandi avec des fils de fonctionnaires, des familles avec un taux de scolarisation élevé. Il faut dire qu’un milieu organisé favorise davantage la réussite scolaire, c’est quelque chose que j’ai retenu dès cette époque.
Propos recueillis par Houssam Al Figuigui
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Les numéros sont intéressants ils évoquent l’occultisme les tabous et ce que le sens commun ne partage pas et ne peut pas l’évoquer.