Route des Zaers, dans le très cossu quartier Souissi à Rabat, le palais (ou Dar) el Mokri a joué un rôle terrible dans les années de plomb marocaines. Construit au cœur d’un vaste jardin d’orangers entre les années 1947 et 1951, ce palais a été un joyau d’architecture mêlant patrimoines arabo-andalou, turc et italien. Son propriétaire n’était autre que Thami El Mokri, responsable des finances au sein du gouvernement chérifien, et surtout fils du Grand Vizir El Mokri. Ce palais digne des mille et une nuits, situé à presque huit kilomètres des tumultes de Rabat, aurait dû être la résidence d’été de cette puissante famille makhzénienne. Mais, accusés d’avoir pactisé avec les Français et participé au complot visant le sultan Ben Youssef en 1953, les Mokri se sont vus confisquer l’ensemble de leurs biens patrimoniaux. Depuis lors, Dar el-Mokri appartient à l’Etat ; vide et inanimée. Mais, dans les années 1960, même si le quartier Souissi n’est pas aussi habité qu’aujourd’hui, plusieurs passants entendent des cris, des hurlements et d’autres relents étranges qui émanent des murs d’un palais soi-disant inhabité. Le bruit court, alors, dans la capitale : le palais serait devenu un lieu de détention et de torture dédié aux opposants de Hassan II. Nous sommes en juillet 1963 et c’est le début d’un long cycle de violence et de répression qui agitera le lanterneau marocain. Une période durant laquelle la résidence d’El Mokri deviendra le plus célèbre et le plus craint de tous les centres de torture et de séquestration.






































