En lice pour les trophées francophones du cinéma, dont l’édition aura lieu le 3 décembre au Liban, le documentaire « Kamal Joumblatt, témoin et martyr », propose une plongée dans la tête d’une des figues majeures de la vie politique libanaise, assassinée en 1977 ; et fait déjà couler beaucoup d’encre. Pour rappel, ce long-métrage était aussi en compétition au festival du film documentaire Europe-Orient, qui a eu lieu le week-end dernier à Tanger (c’est cependant Sun Bird, un docu palestinien qui a remporté le prix).
« Kamal Joumblatt, témoin et martyr », réalisé par le cinéaste libanais Hady Zaccak, est en fait un autoportrait, puisque la voix off représente celle de du défunt leader politique et parle à la première personne du singulier. Une façon de faire résonner les idées politiques de Joumblatt avec le présent. Pour rappel, Joumblat, arabe et druze né en 1917, est le fondateur du Parti socialiste progressiste (PSP). Elu huit fois député, rassembleur de toutes les communautés, soutien infaillible à la lutte palestinienne (secrétaire général du Front arabe), Joumblatt était aussi un homme complexe à la fois spirituel et seigneur de guerre, tout en étant sensible à l’écologie. Il était aussi marié à la fille de Chekib Arslan et a également été nommé deux fois ministre de l’Intérieur, où il en a profité pour légaliser le Parti communiste libanais, et le Parti social nationaliste syrien. Son cheval de bataille ? Le système confessionnel libanais. Dans les années 1970, c’est d’ailleurs le grand problème du Liban puisque la communauté maronite est alors la principale bénéficiaire du système confessionnel libanais. Plusieurs dirigeants, notamment musulmans, se sentent sous-représentés, voire exclus par ce système. Les forces d’opposition demandent alors une meilleure représentation des autres communautés dans l’appareil gouvernemental tout en souhaitant un engagement libanais plus fort dans le Monde arabe. Résultat ? L’opposition tout comme les Chrétiens constituent des milices armées ; c’est le cas de Joumblatt qui arme le PSP, un parti qui devient le plus important du Mouvement national libanais (une coalition de gauche soutenue par les Palestiniens et en bon terme avec l’OLP d’Arafat). Le pays bascule alors dans la guerre civile. De 1975 à 1976, Joumblatt contrôle avec l’aide de l’OLP 70 % du Liban. Il s’oppose à l’intervention de la Syrie en 1976, alors alliée au camp maronite. Mais, le 16 mars 1977, Kamal Joumblatt est assassiné à cent mètres d’un point de contrôle syrien, vraisemblablement sur ordre de la Syrie, notamment des baasistes. Il a laissé derrière lui des centaines d’écrits et ses idéaux.
La bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=33g0ONtqvpU









































