Ni l’altruiste Tolstoï avec ses idées généreuses sur la paix, ni Clausewitz avec ses idées réalistes sur la guerre, ne nous seront d’une quelconque utilité pour appréhender la guerre dans le Golfe. À l’espoir d’une cessation des hostilités qui tiennent l’économie mondiale en haleine, succède une recrudescence verbale belliqueuse.Voilà une confrontation où l’on ne sait qui a gagné, qui a perdu, côté belligérants. On est plutôt mieux édifiés sur des gagnants qui n’ont pas tiré une balle ou déboursé un centime, comme la Chine, ou à moindre mesure la Russie, et des perdants qui ont tout fait pour éviter la guerre et qui les a frappés de plein fouet ou éclaboussés, comme les pays du Golfe ou l’Europe. À l’heure où je griffonne ces lignes, le détroit d’Ormuz est bloqué, les côtes iraniennes sous embargo, les pourparlers à Islamabad piétinent, le bruit des canons se fait toujours entendre au sud du Liban et l’escalade verbale est toujours là, même si elle a perdu en intensité.
Alors sur quoi gloser ? On est dérouté, à la vérité, et on ne peut avancer qu’à tâtons. Cette guerre sera-t-elle le prélude à une plus grande confrontation, ou plutôt servira-t-elle à désamorcer le risque ? Sera-t-elle l’annonce nécrologique de l’ordre mondial prégnant, ou servira-t-elle à une nouvelle réflexion sur la paix collective ?
L’IA prendra-t-elle le dessus sur l’homme, en faisant la guerre à sa place, à moindre frais, ou l’homme finira par dompter l’IA, et la remettra à sa place, comme une servante et non une maitresse de maison ?
Le contraste est que l’humanité n’a jamais été autant dotée de moyens pour la rendre prospère et ouverte, mais elle est dans une tournure où la carence menace et le repli guette. Il y a peut-être un moyen pour lever le contraste : poser le pourquoi des choses, c’est-à-dire philosopher.
On serait peut-être inspiré si les galonnés (et leurs avatars les sécuritaires), les bankers et traders, c’est-à-dire ceux qui font le monde et le défont, se mettent à philosopher. Tant d’armes qui ne protègent pas, tant d’argent qui ne fait pas repousser le spectre de la pauvreté, tant de biens frappés par le protectionnisme. Mais il y a peu d’espoirs que les galonnés, les bankers et traders se mettent à philosopher. Encore moins qu’on se mette à écouter les élucubrations de quelques illuminés de philosophes. C’est plutôt les foules qui risquent de gagner les streets et qui vont se mettre à «philosopher» en marchant, avec des titres d’affiches et mots d’ordre. Pourquoi pas, si cela permet de poser les bonnes questions. Leur force réside dans leur faiblesse, un discours simple, mais qui porte. Sur six ans, depuis le COVID, il y a eu un bouleversement planétaire qui a mis l’humanité dans l’incertitude, mais on ne peut avancer sans un minimum de certitude. Une humanité avisée en vaut deux. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Et mettre sens dessus-dessous la logique stalinienne : le Pape ? Combien de divisions ? Autrement dit, mettre fin au cynisme prégnant.
Consolons-nous. Un philosophe qui nous a promis le paradis sur terre, disait que l’humanité n’a de réponse que sur les questions qu’elle pose, et un autre poète nous a élucidé, que lorsque nous rêvons que nous sommes en train de rêver, l’heure du réveil est proche.Au bout du chemin il y a l’espoir, et des jeunes l’ont imprimé à Budapest qui est devenue, l’espace d’une journée, l’épicentre du monde.Souhaitons que l’événement fasse tache d’huile. Il ne faut pas désespérer du genre humain. Au bout du compte, les philosophes et acolytes ont sauvé le monde.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane









































