Ceux qui connaissent le football se souviennent forcément du Mondial 2010 et du match Allemagne – Angleterre (4-1). C’est un match qui est entré dans l’histoire. Pourquoi ? Parce que, et alors que le score pouvait encore basculer en leur faveur, les Anglais ont marqué un but parfaitement valable, la balle ayant rebondi sur la barre transversale avant de franchir largement la ligne de but. Tout le monde a vu ce but, y compris le public présent au stade et les millions de téléspectateurs devant leur téléviseur. Tout le monde donc… Sauf les arbitres du match !
Ce but annulé était un vrai scandale. Et c’était un match à élimination directe, un huitième de finale. L’enjeu était énorme. L’Angleterre venait donc de quitter injustement le Mondial, alors qu’elle faisait partie des favoris.
Que s’est-il passé après ? Rien. Les Anglais ont protesté calmement et dignement après le match. Et on en est restés là. Personne ne s’en est pris aux arbitres (ils étaient quand même trois, avec un quatrième derrière la ligne), personne n’a accusé la FIFA et l’Allemagne de quoi que ce soit. Personne n’a quitté le terrain. Même les fans anglais, pourtant réputés pour leur sang chaud, sont repartis chez eux sans insulter personne, ni crier au complot.
Quand on met cette histoire en parallèle avec ce qui s’est passé en finale de la CAN, on comprend l’écart qui sépare encore l’Afrique du gotha mondial. Ce n’est pas qu’une question de football ou d’arbitre. Les liens qui unissent le Maroc au Sénégal sont (ou semblent?) beaucoup plus forts que ce qui peut lier l’Allemagne et l’Angleterre, qui ont tellement souffert des effets de la Deuxième Guerre. Le poids footballistique, voire politique, des deux nations européennes est également beaucoup plus important que celui du Maroc et du Sénégal. Et le Mondial pèse beaucoup plus lourd que la CAN.
Cela ne nous a pas empêché de vivre un scénario catastrophe pour une finale continentale entre deux pays « frères ». L’émotion et la surexcitation à chaud ne peuvent ni tout expliquer, ni justifier. Il y a un problème de fond, quelque chose qu’aucun discours ne peut ni cacher, ni encore moins guérir.
On peut imputer ce complotisme facile à la souffrance des peuples, aux récits nationaux bâtis sur des histoires escamotées, aux vicissitudes de la politique internationale, ou à ce qu’on veut. Cela ne changera rien à ce «va-t-en guerre» qui a rapidement enflammé les deux pays frères que sont le Maroc et le Sénégal. Si l’attitude des Sénégalais, sur et en dehors du terrain, a été pour le moins inamicale, d’autres sont allés, côté marocain, jusqu’à appeler à la remise en cause de la politique migratoire du pays. Heureusement que ces voix ne sont pas les plus entendues…
Imaginez que le même scénario ait affecté une finale opposant le Maroc à un pays «moins ami», politiquement et culturellement parlant ? Jusqu’à quel degré de paranoïa et de va-t-en guerre en serait-on arrivé?
Moralité : si, au niveau des infrastructures et du merchandising, cette CAN 2025 a placé la barre haut et réduit ce fameux écart évoqué plus haut dans le texte, au niveau des mentalités et des attitudes, il y a encore du travail et du chemin à faire…
Karim Boukhari
Directeur de la rédaction









































