La Maison-Blanche a rendu publique sa stratégie nationale de sécurité pour 2026. Présentée comme un document technique, elle acte en réalité un basculement politique majeur : la fin progressive de l’illusion globaliste et le retour assumé d’un impérialisme recentré, brutal, transactionnel. Les États-Unis ne prétendent plus gouverner le monde au nom de valeurs universelles ; ils entendent désormais le discipliner au nom de leurs seuls intérêts. L’Amérique se replie, mais un repli armé, conditionnel, exigeant, où l’accès à sa protection et à son marché devient une récompense, non un droit.
Officiellement, le texte parle de «gestion sélective des engagements», de «priorités stratégiques», de «zones vitales». En réalité, il s’agit d’un désengagement idéologique doublé d’un chantage économique global. La présence militaire américaine ne disparaît pas : elle devient conditionnelle. Elle n’est plus fondée sur l’alliance, mais sur la soumission. Le message est clair : ceux qui veulent compter sur nous devront payer, obéir et s’aligner.
Ce que le document stratégique ne formule pas explicitement, mais que tout lecteur attentif perçoit, c’est que les États européens ont vu leur statut se transformer. Ils ne sont plus des alliés, mais des vassaux. Les figures sont identifiées : Macron, Merz, Starmer. Trois dirigeants fragilisés, contestés sur le plan intérieur, mais utiles parce qu’ils disposent encore de quelques années avant les prochaines échéances électorales. Il faut donc agir rapidement. Tirer parti de cette brève séquence où les gouvernements obéissent encore. Dans ce cadre, l’Europe est sommée d’accomplir l’impensable : réduire ses dépenses sociales afin de financer la renaissance d’un complexe militaro industriel.
Pour le reste du monde, l’alternative est énoncée sans ambiguïté, même si elle est enveloppée d’un vocabulaire diplomatique : vivre à court terme ou mourir lentement. Réduisez vos droits de douane pour exporter vers les États-Unis, alignez-vous sur nos politiques, rejoignez nos sanctions contre la Chine, l’Iran, la Russie, et contre tout autre pays que nous désignerons demain comme ennemi, et, en contrepartie, vous aurez accès au marché américain. Refusez, et vous serez isolés, étranglés, laissés à votre sort. Mais cela ne suffit pas. Il faut aller plus loin. Les États-Unis exigent désormais le déplacement des centres industriels, des investissements majeurs, des capacités productives vers leur territoire. Délocalisez chez nous, ou préparez-vous à la faillite.
Les Européens, eux, hésitent encore. Ils pèsent le pour et le contre. Ils observent que la Chine, la Russie et l’espace eurasiatique connaissent aujourd’hui la dynamique économique la plus forte. Mais malgré cela, ils semblent accepter. Non par conviction, mais par paralysie. En attendant les prochaines élections américaines, ils suspendent leur propre destin, et celui de leurs peuples, au rythme politique de Washington.
L’Europe, telle qu’on lui demande d’exister, n’est pas viable. Mais peu importe. L’essentiel est ailleurs : utiliser ce temps pour verrouiller un ordre économique international où l’Amérique demeure première. America First ne signifie pas que l’Amérique se défend seule. Cela signifie que le monde doit défendre l’Amérique. Et si l’Europe veut se protéger de la Russie, elle n’a qu’à céder davantage : ses ressources, son industrie, son autonomie.
Derrière cette stratégie, il y a un premier fantasme : croire que la guerre en Ukraine provoquerait une révolte russe contre Poutine, permettant d’imposer à Moscou les mêmes conditions humiliantes qu’à Boris Eltsine dans les années 1990. Ce fantasme a échoué.
Alors en surgit un second : celui de croire que les autres pays n’ont pas d’alternative, qu’ils finiront tous par se rendre à Trump ou à ce que Trump incarne. Or une autre voie existe. Elle passe par la construction d’un commerce mondial qui ne soit plus centré sur l’Occident, par une réorganisation des échanges hors de la tutelle américaine et, surtout, par la fin de l’illusion selon laquelle l’Amérique est l’horizon indépassable de l’histoire.
En novembre dernier, l’ambassadrice de Chine au Maroc a annoncé que tous les produits marocains sont désormais totalement exonérés de droits de douane sur le marché chinois.
Que fera le Maroc alors ?
Par Moulim El Aroussi, conseiller scientifique de Zamane









































