En darija marocaine, «fabor» signifie «gratuitement», «pour rien», avec souvent une nuance ironique: prendre quelque chose b-fabor suggère qu’on en profite sans contrepartie. Le mot vient de l’espagnol «favor» (prononcez «fabor»), non pas au sens moderne de «service rend», mais d’une expression très répandue dans l’espagnol populaire et administratif : por favor. Dans le contexte des échanges hispano-marocains, «porfavor» a été fréquemment employé pour demander une faveur sans paiement ou pour obtenir un service. L’oreille marocaine a isolé le dernier terme, transformé phonétiquement en fabor, avec passage du v espagnol au b, comme dans beaucoup d’emprunts. Le glissement sémantique est révélateur : de «faveur» on passe à «gratuité», puis à l’idée d’avantage obtenu sans effort. Le mot s’est ensuite diffusé bien au-delà du Nord, devenant un marqueur du parler urbain et de l’économie informelle marocaine. Ainsi, ce petit emprunt linguistique condense toute une histoire de contacts quotidiens entre les deux rives.









































