Toutes les guerres sont mauvaises, même les guerres dites justes, mais ce n’est pas qu’en moraliste ou en juriste qu’il faut les appréhender. La géopolitique centrée sur la force, fait peu de cas des considérations morales et juridiquespour ne tenir compte que dela realpolitik. Les guerres sont des points de rupture ou des accoucheuses de l’histoire, ou pour reprendre l’expression du fondateur de la géopolitique, Rudolph Kjellén : «la guerre c’est comme le vin, elle dit toujours la vérité».
La guerre que livrent les états-Unis de concert avec Israël contre l’Iran est un point de bascule. Elle clôt ce que j’appelle la séquence iranienne qui a marqué le Moyen-Orient et déteint sur la région. L’Iran quelle que soit l’issue de la guerre, sera moins islamique et plus iranien, même si le régime actuel se maintient.
Les pays du Golfe, les victimes collatérales d’un conflit qu’ils ont tout fait pour éviter, ne seront plus les mêmes. Ils vivent le quatrième traumatisme, depuis celui de la guerre Irak-Iran de 1980 à 1988, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, la guerre menée par les états Unis contre l’Irak en 2003, et les voilà confrontés à un autre traumatisme, avec la guerre déclenchée le 28 février. S’ils ont fait preuve de retenue, en s’abstenant de riposter, contre l’Iran, ils ne pourraient à l’avenir ne pas penser leur sécurité, à l’aune d’un défi répétitif. Leurs stratèges, avec des ballons d’essai de leurs think tanks branchés, pensent à une indépendance stratégique, en ne comptant que sur eux mêmes, non pas que pour leur équipement, mais en termes d’industrialisation militaire. En clair, ils ne peuvent sous-traiter leur sécurité.
Y parviendront-ils seuls, ou avec l’appui des pays «frères» ? La question ne tardera pas à être posée. Et peut-être notre pays sera impliqué ou du moins sollicité.
Sur le marché des grandes idées, il y a celui du nouveau Moyen-Orient, avec une nouvelle reconfiguration, dont le fer de lance serait Israël et son corollaire, «le Grand Israël». Comment s’accommoder avec de telles idées, qui certainement trouveront écho à Washington ? Comment notre cher pays, ou les décideurs, répondraient-ils à cette nouvelle donne, assez absconse et par troppérilleuse ? Quel serait la position du Maroc de cet axe en limbes, qui regrouperait le Caire, Riyad, Ankara et Islamabad ?
Quid de la Chine qui observe, scrute, et engrange les bénéfices sans livrer bataille ?La Russie tire les dividendes de la guerre qui desserre l’étau des sanctions. Une aubaine qui lui permettra de souffler, avec la demande mondiale pour son gaz susceptible de renforcer son effort de guerre.
Reste l’Europe qui pourrait faire la différence, grande absente du jeu géopolitique, mais qui pourrait revenir sur la scène. C’est un pari, mais ce pari n’a de chance que si l’Europe, malmenée par son allié américain, joue la carte de Pékin et s’implique davantage dans les affaires du Moyen-Orient ? Le problème est qu’elle ne parle pas d’une même voix.
C’est un grandbasculement auquel il faut parer avec sagacité, en gardant les yeux sur l’essentiel: nos intérêts stratégiques et le bien être de notre concitoyen. Répercuter la facture du pétrole sur le citoyen, en moins de trois semaines de guerre, est faire preuve de cécité… Grandeur du pays et celle du citoyen ne sont pas dissociables.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane










































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