Le sexe a été au cœur de l’expédition coloniale, au Maroc bien sûr mais aussi dans le reste du monde. Le sujet est tabou, délicat, sensible. Zamane l’aborde en faisant le tour de la question, donnant la parole aux chercheurs et aux spécialistes. Sans fard et sans fausse pudeur. De l’édification des fameux BMC (bordels militaires de campagne) àla recodification des rapports entre les femmes et les hommes, et entre les colonisateurs et les colonisés, le sexe a bel et bien été un enjeu et un rouage essentiel du protectorat. Dans le sillage d’un livre (« Sexe, race et colonies : la domination des corps du XVème siècle à nos jours », éd. La découverte) qui fait sensation et déclenche au passage une polémique prévisible et finalement bienvenue, Zamane a mené l’enquête. Bonne lecture.
Au XIXème siècle, l’univers de la prostitution nord-africaine est d’une rare richesse. Cet univers réunit plusieurs mondes : celui des concubines-esclaves confinées aux harems, des artistes-courtisanes quasi fantasmagoriques et cultivées d’esprit, celui aussi des esclaves-domestiques souvent cantonnées aux travaux les plus subalternes et aux sexualités les plus illicites. Le tout étant combiné avec la possibilité d’épouser quatre femmes…
Autant de figures et de combinaisons qui régulent la sexualité masculine des élites maghrébines, et rend dérisoire le recours à une prostitution purement mercantile, de type occidentale. D’ailleurs, les prostituées «stricto sensu» occupent, en réalité, une place minoritaire jusqu’à la mise en place de la domination française. Le plus souvent, elles exercent la nuit, au sein de domiciles privés ou dans les cafés. « Considérées comme des femmes rebelles à la tradition (elles ne portent par exemple pas le voile), elles sont néanmoins exposées aux répressions de la police des mœurs. Même minoritaire, la prostitution pré-coloniale est ainsi déjà soumise à une certaine réglementation (dans les régions sous régime ottoman, les prostituées doivent verser une redevance aux autorités) et fait l’objet d’un commerce contrôlé par des groupes sociaux dominants », nous explique la sociologue Natalie Benelli.
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