La démocratie, à laquelle beaucoup de peuples aspirent car ils cherchent à sortir des despotismes archaïques et à respirer la liberté, vient de dévoiler l’un de ses maux les plus mortels. L’Occident, qui cherchait jusqu’à une date récente à exporter cette forme de gouvernement des humains et à étouffer des systèmes en raison de l’absence de démocratie, vient de donner l’exemple, depuis le début des guerres au Proche-Orient, d’un despotisme étonnant : imposer aux citoyens une seule manière de voir, de communiquer et de s’exprimer, mobiliser tous les moyens pour vilipender les opposants et les lyncher dans le seul but d’imposer un point de vue unique, manipuler les foules et tordre le cou à des vérités afin qu’elles soient en adéquation avec le point de vue d’un groupe, celui qui dirige.
Alors que la démocratie, dans sa définition classique, repose sur l’idée que le pouvoir politique appartient au peuple et que chaque citoyen possède le droit de participer aux décisions qui affectent sa vie, elle se fonde sur des valeurs fondamentales : la liberté individuelle, l’égalité devant la loi, la responsabilité des dirigeants et la transparence des institutions. Dans une démocratie, les citoyens exercent leur souveraineté à travers le vote, le débat public, l’expression d’opinions diverses et l’engagement civique. Cette participation active vise à garantir que les décisions collectives reflètent l’intérêt général et non celui d’un groupe restreint. L’un des principaux bienfaits de la démocratie est sa capacité à canaliser la diversité des opinions et des intérêts dans un cadre légal et institutionnel.
Cependant, la démocratie semble générer, d’une manière qui paraît inéluctable, des groupes d’influence secrets capables de manipuler les volontés. Ces groupes sont souvent désignés par le nom de Deep State, ou État profond. Il s’agit d’un réseau de pouvoir caché, composé de militaires, de services secrets, de grandes entreprises et de groupes influents, capable de diriger ou d’orienter les décisions politiques indépendamment des gouvernements élus. L’élément central du Deep State réside dans sa capacité à manipuler l’opinion publique, souvent par le biais des médias, de la publicité et de la communication politique propagandiste, afin de créer l’illusion que les citoyens font des choix libres, alors que ces choix ont été soigneusement guidés.
Le principal théoricien de cette pratique est Edward Bernays. Dans ses écrits, mais aussi dans la pratique, il a montré comment il était possible, surtout dans une démocratie, de convaincre les masses de soutenir des décisions qu’elles n’auraient pas adopté spontanément, en utilisant la psychologie sociale conjuguée des techniques de communication ciblées. Son travail pendant la Première Guerre mondiale, où il a contribué à obtenir l’adhésion du public américain à l’engagement militaire nonobstant son opposition majoritaire, illustre parfaitement ce mécanisme : le peuple croyait participer librement à la décision, or il ne faisait que suivre la stratégie des élites.
Cette intrusion du Deep State, quoiqu’elle ne soit point nouvelle, révèle d’une manière évidente une tension fondamentale dans les démocraties occidentales modernes, et peut-être dans le système démocratique lui-même. D’un côté, la pratique démocratique se veut représentative et transparente, offrant aux citoyens la possibilité de choisir leurs représentants et d’influencer les politiques ; de l’autre, en son sein se mettent en place des mécanismes de contrôle et d’influence qui détournent la volonté populaire, orientant les décisions dans des directions favorables aux intérêts d’une minorité puissante. La démocratie, dans sa forme idéale, suppose une égalité de voix et de participation. Mais lorsqu’un groupe centralisé manipule l’opinion publique avant, pendant et après les élections, cette égalité est compromise et la légitimité du système peut être remise en question.
Manipuler la foule en démocratie «…consiste à dompter cette grande bête hagarde qui s’appelle le peuple» (Edward Bernays).
Par Moulim El Aroussi, conseiller scientifique de Zamane









































