Il y a un an, le Maroc était secoué par des éruptions sociales dont la marche d’Ait Bougammaz, les manifestations de la soif dans l’Atlas ou la mort de femmes en couches à Agadir. La question sociale avait culminé avec les manifestations de la génération Z. Elles ont basculé dans la localité d’Ait A’mira, dans les faubourgs d’Agadir. Ladite localité est un microcosme de dépeuplement des autochtones, et un remplacement rapide des locaux, surtout par des subsahariens.
Je n’établis pas forcément de corrélation entre déviance et peuplement exogène, mais mon propos est le suivant : le Maroc est en train de connaitre un petit remplacement qui risque de devenir grand. Est-il prêt à l’assumer ? On peut bien sûr accepter la tendance, comme un fait social inéluctable. Mais cela aura des conséquences, d’autant plus que la société marocaine enregistre un taux de fécondité négatif. Serons-nous la même nation, avec un peuplement étranger plus prégnant et plus fécond ?
On peut être alerté, et il faudra agir sur plusieurs fronts. Le premier, revoir notre politique de l’immigration, et peut-être adopter ce que d’autres appellent la migration choisie, autrement dit sélective. Le deuxième, qui risque de fâcher, est de revoir notre conception de la famille. Elle ne peut couler dans les moules de l’Occident.
Les réformes adoptées, pour louables qu’elles puissent être, dans le cadre du code de la famille, et pour avoir corrigé des anomalies, étaient mues par une approche plus juridique que sociologique. Plus de vingt ans après l’adoption du code de la famille, le temps est venu de lui apporter une lecture critique, par une approche sociologique. Pour dire les choses crûment, on fait de moins en moins d’enfants.
Que faudra-t-il faire pour inverser la tendance ? Sinon, on subira le vieillissement de la population qu’il faudra réguler par les vannes de l’immigration. Pourquoi refuser ce que notre culture nous accorde, pour une sollicitation des canons de la modernité ? Maitresses ou co-épouses ? La monogamie ne met pas fin aux relations hors-mariage. Ne serait-il pas plus avisé que celles-ci soient déclarées ?
Quand on voit l’évolution de la petite commune d’Aït A’mira, qui est passée en une dizaine d’années de quelques centaines de migrants à plus de 20.000, faisant d’elle le tiers de la population, on est édifié sur la cadence du changement. En une génération, si rien n’est fait, les contours anthropologiques du Maroc ne seront plus les mêmes. Ce qui fait la texture du Maroc, avec ses différences, le Jebli, le Fassi, le Chamali, le Soussi, le Draoui, le Bidane, cessera d’exister.
La question mérite débat, chiffres et approches sociologiques à l’appui. Il sera triste de ne pas tirer les conséquences des mutations profondes que subit la société marocaine. Nous pouvons réfléchir sereinement au lieu d’agir sous pression, suite à des soubresauts. Point d’engouement béat, pour une ouverture sans limite, ni de crispation identitaire de mauvais aloi, mais une approche positive qui doit répondre à un impératif : qu’est ce qui est en mesure de réaliser l’intérêt du Maroc. Soyons utilitaires, moins idéologues, et moins naïfs aussi. Et pragmatiques.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane






































