L’histoire de Sebta et Melilla n’est pas ce qu’on appelle un long fleuve tranquille. Les deux terres marocaines ont longtemps été ballottées au gré des soubresauts de l’histoire. Elles ont été Romaines, Portugaises, Espagnoles, autonomes (comme les grandes cités-Etats européennes). Sans jamais cesser d’être Marocaines, malgré tout.
Zamane ouvre les pages de ce passé tumultueux. Où il est question de rivalités entre le Nord et le Sud, l’Espagne (voire l’Europe) et le Maroc. Il est également question d’enjeux géostratégiques, économiques, sécuritaires, etc. Ce passé complexe est nécessaire pour comprendre les clés de notre présent, tout aussi complexe. Avec le précieux éclairage de chercheurs et de spécialistes, Marocains et Espagnols, Zamane restitue, en toute objectivité, la longue et sinueuse histoire de ces deux présides. Avec ses rebondissements et ses multiples changements de cap.
Depuis l’Antiquité, Sebta et Melilla sont deux aimants à civilisations. Leur histoire respective s’inaugure à partir du VIIème siècle avant Jésus-Christ (J-C), avec l’arrivée des Phéniciens, un peuple commerçant originaire de l’actuel Liban. Ils y apportent l’alphabet, le vin, le cèdre, l’art de la navigation et, en retour, prennent les métaux enfouis dans les sous-sols des deux enclaves, alors nommées Hepta Adelphoi (Sebta) et Russadir (Melilla). Aux alentours du IVème siècle avant J-C, les deux villes sont conquises par Carthage. Mais lorsque celle-ci perd sa guerre contre Rome, elles passent sous le contrôle du royaume berbère des Numides, puis de Maurétanie. A partir de l’an 40 après J-C, elles sont intégrées à l’empire romain, présent au nord du Maroc. En 429, Sebta etMelilla sont envahies par les Vandales. La première est rapidement récupérée par l’Empire Byzantin avant de devenir le siège d’un évêché, tandis que la deuxième sombre dans le déclin jusqu’à la période musulmane. En 709, les deux enclaves passent sous la domination des Omeyyades. La population berbère ne se laisse pas faire. Plusieurs anciens documents relatent la “résistance épique et féroce” face à l’arrivée des Arabes. Russadir est devenu Melilla (du substantif Melil, la fièvre), qui signifie «la fébrile». Petit à petit, les berbères insoumis fuient dans les montagnes du Rif, l’islam fait son nid et les deux cités bénéficient d’un développement socio-économique important. Ainsi à Sebta, « le corail y était exploité dès le Xème siècle. La ville bénéficiait d’un commerce florissant, fréquentée par les Génois, les Pisans et les Marseillais. Ceux-ci y installèrent en 1236 un fondouk et étaient représentés par un consul. Ils importaient principalement du vin, divers tissus, des fèves, de la farine, des épices et du mastic et exportaient de la cire, des cuirs et des basanes », selon J. Caille, dans « Les Marseillais à Sebta au XIIIème siècle ».
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