Sion Assidon, qui se bat aujourd’hui entre la vie et la mort, est toujours resté proche de ses anciens camarades de lutte, ceux-là même qui l’appelaient Maâti, du temps de la clandestinité. Parmi ces anciens, Jaouad Mdidech, qui raconte leurs retrouvailles dans les montagnes du Haut Atlas.
Toujours un plaisir renouvelé de recevoir mes ex-camarades de la prison centrale et nombre d’amis fidèles, dans mon gîte de la casbah de Ouirgane. J’en ai accueilli un paquet, dans la joie et la complicité. Sion me téléphona un jour pour réserver; il insista sur l’aspect financier : connaissance ou pas, il voulait être traité comme n’importe quel autre client. Je le reçus fin août 2020, autant dire en plein Covid. Avec Sion, on ne s’était jamais perdus de vue et l’homme que je retrouvai à Ouirgane fut celui que j’avais connu dans le quartier A, à la Centrale, quatre décennies plus tôt : toute sa tête, il n’avait pas perdu une once de son énergie, de sa vivacité, il avait encore la curiosité d’un enfant assoiffé de connaissances, de vie, de découvertes, d’aventures, et une sociabilité contagieuse. Il passa trois nuits au maquis (surnom donné à la Kasbah d’Ouirgane), on eut le temps de refaire le monde, de remuer le passé, nos souvenirs, et de débattre de tout, ce que ne permettaient pas nos rencontres à Casablanca, souvent furtives, dictées par une manifestation pro-palestinienne, une fête ou un enterrement. Lors de ce séjour, je lui demandai au détour d’une conversation sa date de naissance, il me répondit laconiquement: «J’avais trente-six ans quand on m’a libéré en août 1984, c’est le jour de ma naissance après douze ans en prison, cela fait trente-six ans. Fais le calcul».
Par Jaouad Mdidech
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