Souvent réduites à une origine orientale ou steppique dans l’imaginaire grec et dans l’archéologie moderne, les Amazones ont pourtant une dimension plus large et plus ancienne, qui les relie à l’Afrique du Nord et plus précisément au littoral atlantique du Maroc.
Les Amazones occupent une place fascinante à la croisée du mythe, de l’histoire et de l’archéologie, oscillant entre légende et réalité. Dans la mythologie grecque, elles apparaissent comme un peuple de femmes guerrières, vivant souvent sans hommes ou reléguant ceux-ci à un rôle marginal. Ce sont des archères et cavalières hors pair, capables de rivaliser avec les plus grands héros grecs. Elles apparaissent ainsi dans plusieurs récits célèbres : Héraclès doit s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, Thésée affronte Antiope ou Hippolyte, et Achille tue Penthésilée lors du siège de Troie. Les Amazones incarnent pour les Grecs une altérité radicale, une inversion de l’ordre social et une remise en question de la domination masculine. Leur existence suggère un monde où les femmes gouvernent et combattent, un monde qui effraie autant qu’il fascine. Elles symbolisent une menace pour la polis (cité), un danger pour la hiérarchie sociale telle que les Grecs l’ont conçue, mais elles éveillent aussi une forme de respect et d’admiration. Le regard grec sur les Amazones est donc ambivalent, partagé entre fascination et inquiétude. Elles ne sont pas seulement des ennemies redoutables ; elles suscitent aussi l’admiration pour leur courage, leur maîtrise du combat et leur autonomie. Cependant, cette admiration est toujours teintée de danger : leur force remet en cause la norme sociale et sexuelle de la cité. Les mythes amazoniens servent ainsi à définir ce qui est «normal» dans la société grecque par contraste. La polis, le mariage, la hiérarchie des sexes se construisent face à ce contre-modèle féminin extrême.
Par Moulim El Aroussi
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