Au XIXème siècle, Tanger est prise d’assaut par les N’sara. Les Espagnols, qui arrivent en tête des communautés européennes, ne font pas qu’y vivre ou travailler. Ils souhaitent également y laisser une empreinte pérenne. Celle d’une hispanité jadis triomphante et largement déclinante en ce XIXème siècle. Tanger et le Nord du Maroc semblent bien une nouvelle terre de conquête ibérique. Quoi de mieux sinon le patrimoine architectural pour immortaliser sa présence dans un lieu donné.
La politique de pénétration de l’Espagne au Maroc va passer d’abord et avant tout par des missionnaires catholiques. Son fer de lance : les Franciscains. Ils sont souvent considérés par les autorités consulaires comme des agents d’influence, voire des espions à la solde de leur nation. C’est ainsi que ces missionnaires protestants et catholiques se portent la dragée haute. Objectif : tirer la couverture de l’évangélisation vers eux ; qui des protestants, qui des catholiques !
«Les missionnaires franciscains qui avaient pris pied au Maroc dès le XIIIème siècle et se cantonnèrent à la fin du XVIIIème dans les ports jusqu’à ce que Moulay Yazid les en chassa. En 1794, ils revenaient à Tanger et Safi, puis Mogador. Le traité hispano-marocain de 1799 semblait ouvrir de nouvelles perspectives à leurs activités», relate l’historien Jean-Louis Miège dans le tome 2 de son ouvrage «Le Maroc et l’Europe (1882-1906)» (1962). Ainsi, et surtout à partir du début des années 1890, les autorités espagnoles vont mettre les bouchées doubles pour booster l’apprentissage de la langue de Cervantes à Tanger. Elles vont très rapidement avoir pignon sur rue au cœur même de la médina tangéroise. Plus précisément dans le Petit Socco, le marché intra-muros. «On a d’un côté la mosquée El Kebir de l’autre l’ancienne église des Franciscains construite en 1880 sur l’emplacement de la légation de Suède mitoyenne de l’ancien consulat de France», confient Jean-Louis Miège et Georges Bousquet dans «Tanger, porte entre deux mondes» (1992).
Par Farid Bahri
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