Avec son ouvrage intitulé «Les derniers jours de Muhammad», Hela Ouardi, chercheuse, signe une enquête méticuleuse sur la disparition du Prophète; un sujet délicat. En filigrane, l’auteure repense aussi la naissance de l’islam et certaines vérités qu’on pensait jusque-là absolues.
Tout d’abord, quel a été l’accueil réservé à votre ouvrage, Les derniers jours de Muhammad, en Tunisie, en France mais également auprès des communautés sunnite et chiite?
Le livre a été très bien accueilli dans mon pays où il a rencontré de nombreux lecteurs. En France (et dans beaucoup d’autres pays européens), l’accueil est vraiment positif. Je reçois tous les jours des quantités de messages de félicitations de la part de spécialistes et aussi d’un large public. Permettez-moi de récuser la fin de votre question (« auprès des sunnites et des chiites »). Sortons du paradigme religieux ! Cessons de réduire les gens à leur seule identité religieuse. Votre question consacre une confusion entre le lecteur et le croyant, qui n’est pas opératoire pour un livre comme le mien, qui n’est pas un livre de théologie mais un livre d’histoire. Il s’adresse aux non-musulmans et aux musulmans ; je parle à ces derniers non en leur qualité de croyants (c’est une affaire personnelle qui ne me regarde pas), mais en leur qualité de sujets dans l’histoire, et qui, comme moi, se posent beaucoup de questions sur la situation actuelle du monde musulman et essayent de comprendre le présent par une exploration du passé.
Le fait que vous soyez une femme a-t-il impacté, selon vous, l’accueil de votre livre ?
Je vous le redis encore une fois, l’accueil est très positif dans mon pays ; ce qui m’emplit de bonheur, de fierté et d’espoir. Même ceux qui n’approuvent pas ma démarche ont choisi de rester dans un silence poli. Les gens ne sont pas dupes, ils savent reconnaître et respecter un travail scientifique honnête. Je ne veux donc pas jouer à la victime en prétendant que je suis menacée alors que ce n’est pas le cas. Le cliché de la femme musulmane persécutée ne me correspond pas du tout.
Propos recueillis par Nina Kozlowski
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