Au cœur de Casa Anfa, le complexe « Le Pavillon » fait revivre la mémoire de l’ancien aérodrome, là où le Casablanca d’aujourd’hui rencontre celui des pionniers de l’aviation.
Il faut quitter un instant les tours de verre de Casablanca Finance City pour découvrir un tout autre décor. Quelques pas suffisent pour passer de la verticalité du nouveau quartier d’affaires à un jardin où l’eau, les palmiers et la végétation reprennent leurs droits. C’est là que s’est installé Le Pavillon, nouvelle adresse gastronomique de Casa Anfa. L’endroit pourrait n’être qu’un restaurant de plus dans ce quartier profondément transformé ces dernières années. Mais son architecture et son décor racontent autre chose. Ils cherchent à renouer avec plusieurs strates de l’histoire casablancaise, à commencer par celle du territoire sur lequel il a été aménagé : l’ancien aérodrome d’Anfa. Le Pavillon a été pensé, selon ses promoteurs, autour de son jardin. Fontaines, zellige, palmiers et végétation composent un espace qui emprunte autant au jardin marocain qu’aux terrasses parisiennes. À l’intérieur, l’Art déco et l’atmosphère bourgeoise du début du XXe siècle prolongent ce jeu de références entre le Casablanca d’hier et celui d’aujourd’hui.

Mais certains détails vont plus loin que la simple évocation esthétique. Sur les murs apparaissent des photographies anciennes liées à l’aviation. Les noms de Mermoz, Guillaumet ou Saint-Exupéry surgissent dans cet univers. Et soudain, la localisation du Pavillon prend tout son sens. Car sous les immeubles de Casa Anfa se trouvait autrefois l’un des lieux emblématiques du Casablanca du XXe siècle : l’aérodrome d’Anfa.
Un parfum de Casablanca d’autrefois
Il n’est pas nécessaire de remonter toute son histoire pour comprendre ce que cette présence signifie. Quelques repères suffisent. L’histoire aéronautique du site commence au début du Protectorat avec le Camp Cazes, terrain d’aviation aménagé aux portes d’une Casablanca qui connaît alors une spectaculaire expansion.
Dans les décennies suivantes, le développement des liaisons aériennes fait du Maroc une étape essentielle entre l’Europe et l’Afrique. C’est l’époque héroïque de l’aviation et de l’Aéropostale, dont les grandes figures – Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry – ont durablement nourri l’imaginaire aéronautique marocain.
Anfa connaîtra ensuite une tout autre histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, et particulièrement après le débarquement allié de novembre 1942, son aérodrome acquiert une importance militaire stratégique.

Après-guerre, il retrouve une vocation civile. Mais Casablanca grandit, tandis que l’aviation commerciale change d’échelle. Nouasseur, futur aéroport Mohammed V, finit par prendre le relais pour le trafic international. Anfa conserve néanmoins une activité aéronautique pendant plusieurs décennies, notamment liée à la formation, avant la fermeture définitive du site dans les années 2000.
Les pistes disparaissent alors progressivement pour laisser place à Casa Anfa et à Casablanca Finance City. En moins d’un siècle, le même espace est ainsi passé des avions aux gratte-ciel.
C’est précisément ce passé que Le Pavillon choisit de faire entrer dans son univers. Les photographies aéronautiques accrochées aux murs prennent alors une autre dimension. Elles ne sont pas seulement là pour fabriquer une ambiance rétro : elles rappellent ce qui existait dans cette partie de Casablanca avant la naissance du nouveau quartier.
Le Pavillon mélange ainsi les époques sans chercher à en reproduire fidèlement une seule. Le jardin convoque le Maroc, certaines références évoquent Paris, l’intérieur emprunte à l’Art déco et les images anciennes rappellent l’aventure aéronautique d’Anfa. Un condensé, en quelque sorte, des multiples influences qui ont façonné Casablanca au cours du XXe siècle.
La mémoire retrouvée d’Anfa
Le Pavillon introduit une respiration dans ce nouveau décor. Son jardin, ses fontaines et son architecture à taille humaine semblent presque résister à la monumentalité qui l’entoure. Et c’est peut-être là que la référence historique devient la plus intéressante : elle rappelle que Casa Anfa n’est pas née sur une page blanche. Avant les bureaux, il y eut les pistes. Avant les tours, les hangars. Avant les hommes d’affaires qui arrivent aujourd’hui à Casablanca Finance City, des pilotes partaient d’ici vers d’autres horizons. Le rapprochement est tentant : hier par les airs, aujourd’hui par les affaires, ce morceau d’Anfa continue, à sa manière, de tourner Casablanca vers le monde.

Le Pavillon pourrait ainsi être regardé uniquement comme une nouvelle adresse gastronomique casablancaise. Son intérêt réside pourtant ailleurs. À travers son jardin, ses références au Casablanca d’autrefois et ses clins d’œil à l’aviation, il tente de renouer les fils entre la ville d’hier et celle qui se construit aujourd’hui.
Une démarche qui pose aussi une question plus large : que reste-t-il de la mémoire d’un quartier lorsque son paysage disparaît presque entièrement ? À Casa Anfa, les pistes ont été effacées et les avions sont partis depuis longtemps. La ville a repris possession du terrain et lui a donné une nouvelle fonction. Mais il suffit parfois de quelques photographies, d’un bâtiment, d’un nom ou d’un décor pour faire ressurgir ce qui semblait disparu.
Au Pavillon, on vient certes déjeuner ou dîner. Mais entre les fontaines et les images d’aviateurs, c’est aussi un morceau de l’ancienne Anfa qui continue de vivre, là même où Casablanca prenait autrefois son envol.






































