Les aléas de la vie ont fait basculer l’existence d’Amina Laraki Slaoui vers une autre dimension, à laquelle elle n’était pas préparée… Avec émotion et sincérité, la militante revient dans le détail sur les coulisses et les embûches d’un combat d’avant-garde, celui des droits des personnes handicapées au Maroc. Avec courage et dignité.
Commençons par le commencement,l’enfance…
Je suis née à Casablanca en 1960. Je suis l’ainée d’une fratrie de trois enfants. J’avais six mois lorsque mon père, Ahmed Laraki, a été nommé ambassadeur à Madrid, où nous avons séjourné trois ans avant qu’il ne soit nommé ambassadeur aux États-Unis. À notre retour au Maroc, j’avais neuf ans. J’ai alors intégré la Mission française à Casablanca puis à Rabat où j’ai eu mon bac en 1977 au Lycée Descartes. Mon père fut nommé ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement de Mohamed Benhima. Puis, en 1969, le Roi Hassan II le convoqua pour le nommer Premier ministre. Après les événements de Skhirat en 1971, mon père adressa au roi une longue lettre dont nous conservons encore aujourd’hui une copie. Ce document contenait une analyse tellement explicite de l’échec de certaines politiques, appelait à se détacher des figures politiques traditionnelles et plaidait pour une réforme en profondeur du pays. Peu après, il présenta sa démission de la Primature.
Quelle fut la réaction du Roi Hassan II à cette lettre ?
Il était surpris. Le roi pensait que la rencontre porterait simplement sur les affaires courantes du gouvernement et la gestion de la période successive à la crise. Mon père lui remit alors le document en lui disant: «Majesté, j’ai rédigé cette note moi-même et j’en assume l’entière responsabilité. Je vous demande simplement de la lire». Après sa lecture, le roi demanda à mon père si quelqu’un d’autre avait eu connaissance de cette lettre. Mon père répondit que non. Alors Sa majesté la déchira et lui dit : «Oubliez cette affaire. Considérez que vous n’avez jamais rien écrit».
Par la suite, mon père démissionna effectivement de son poste de Premier ministre… Je me souviens très bien qu’il nous avait réunis pour nous expliquer qu’il allait quitter le gouvernement et que nous devrions nous adapter à une nouvelle réalité. Il nous avait prévenus que notre mode de vie allait changer et qu’il retournerait exercer la gastro-entérologie au CHU Ibn Rochd où il fut chef de service.
Propos recueillis par Mohamed Abdelouahab Rafiqui
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