La crise sociale que traverse le Maroc a eu un retentissement extraordinaire, qui a dépassé les frontières, à cause des méga projets liés au Mondial 2030. Devant la promesse des beaux stades et des nouveaux aéroports, les inégalités sociales ont pris toute la lumière, avec l’effet d’une plaie ouverte. Les manifestants ont fait passer le message : comment peut-on construire de magnifiques stades de football quand on est incapable de réparer un scanner ou d’équiper les hôpitaux et centres de santé en Bétadine et en pochettes d’urine ? Et comment peut-on comprendre ou accepter que le ministre de l’Equipement et de l’Eau «avoue» que pas moins de 5.000 écoles rurales ne sont pas équipées en eau ?
Ainsi posé, il est facile d’établir une causalité directe entre cette dure réalité et les chantiers du Mondial. Facile et erroné, surtout. Les vases ne sont pas communicants. L’argent de la Santé et de l’éducation n’a pas été «détourné» par le Mondial. Le Mondial, on l’oublie souvent, est à la fois une caution morale et politique accordée au pays organisateur, et un projet de développement en lui-même. Cela va bien au-delà du sport. Il faut bien lire les cahiers des charges. Pour accueillir le reste du monde, le temps d’un mois de compétition, les beaux stades ne suffisent pas. Il faut des routes, des transports en commun, des hôtels, des restaurants. Et des hôpitaux !
Les commissions de supervision mandatées par la FIFA, qui se déplacent pour inspecter régulièrement l’état d’avancement des chantiers, posent toujours les mêmes questions aux responsables: «Oui… Mais où sont les cliniques et les dispensaires prévus à tel ou tel rayon du stade, de l’aéroport, de la gare routière ou ferroviaire, du point de rassemblement ?». Demandez à ceux qui planchent directement sur le dossier du Mondial. Les questions liées à la santé, à la sécurité, à l’ordre, au confort et au bien-être reviennent toujours sur la table. À cinq ans du grand rendez-vous mondial, le Maroc n’a pas encore apporté toutes les réponses. Et il doit mettre les bouchées doubles…
Un Mondial de football ne réglera jamais les problèmes sociaux d’un pays. Ce n’est pas une baguette magique. Mais ça génère du profit, et pas seulement sur le plan matériel. Il y a toute une chaine d’interactions qui ne bénéficiera pas, au final, qu’aux seuls grands industriels et opérateurs économiques, mais à monsieur tout-le-monde. Comme un effet papillon…
Sans oublier que la plus grande plus-value d’un Mondial (et c’est valable aussi pour les Jeux olympiques), c’est l’échange humain, le «frottement» à l’autre. En matière de capital humain, de richesse culturelle, de rapprochement entre les peuples, la plus-value est d’une valeur inestimable.
Il faut voir le Mondial comme un cadeau offert par la communauté internationale. Et un cadeau, ça se mérite. Quand l’Afrique du Sud a brisé le système de l’Apartheid, le reste du monde l’a «récompensée» en lui offrant l’organisation, dans l’ordre, de la CAN, du Mondial de rugby, ensuite de la Coupe du monde de football. On ne va évidemment pas loger les deux pays à la même enseigne. Mais le Maroc s’apprête à son tour à accueillir la CAN, avant le Mondial en 2030. Ce n’est pas un hasard, mais une aubaine. Il faut la saisir. Le Mondial et plus généralement le sport ne sont pas les ennemis du progrès social. Bien au contraire. Et rien n’empêchera jamais un gouvernement compétent de mener de front une vraie politique sociale et un beau Mondial, une belle CAN. Il y a pire comme défi ou challenge à relever !
Par Karim Boukhari
Directeur de la rédaction








































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