Elle encerclait la ville avec ses sanias, ses douars et sa route bordée d’eucalyptus. En un demi-siècle, la frange rurale d’El Jadida s’est effacée sous les lotissements. Que s’est-il passé ?
En publiant le recueil «Figues et châtiment», paru chez L’Harmattan en 2016, l’auteur de ces lignes, chercheur en histoire locale, s’est demandé comment la frange rurale d’El Jadida, c’est-à-dire la zone peu peuplée qui encerclait la ville, avait pu disparaître en un demi-siècle. La question n’est pas simple. Son analyse est complexe, d’autant qu’elle pose un problème de définition : il s’agit d’une frange rurale et historique née au temps du Protectorat, «livrée à elle-même et ignorée par la puissance publique» selon l’expression d’Annie Fourcaut, ancienne directrice du Centre d’histoire urbaine à Lyon.
Cette zone rurale juxtaposée à la ville était habitée majoritairement par des familles doukkalies, et non d’origine migratoire, dispersées en douars ou en petits azibs isolés (demeures entourées d’un enclos pour les animaux). Deux raisons ont conduit l’auteur à se pencher sur ce phénomène : sa qualité de chercheur en histoire locale, d’abord ; une raison plus existentielle, ensuite, puisqu’il a lui-même été témoin de cette rapide disparition. Fouad Laroui, qui a connu cette même frange dans sa jeunesse alors qu’il vivait en ville, avait qualifié ces nouvelles de «madeleines de Proust», tant elles évoquent des odeurs, des saveurs, des couleurs et des amours liées à un territoire précis, celui de l’adolescence. Par cet ancrage géographique, le recueil «Figues et châtiment» entendait rendre hommage, sous forme littéraire, aux modestes personnages qui y ont vécu et que l’auteur a côtoyés à cette époque. Les femmes gardaient le foyer, éduquaient les enfants, se chargeaient du ménage et surtout de la corvée d’eau, tandis que les hommes vaquaient à leurs occupations quotidiennes : agriculteurs, meuniers, anciens combattants, manœuvres ou cafetiers.
Par Mustapha Jmahri
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