Quand on examine l’histoire du Maroc, on constate que les souks ont rempli des fonctions sociales et politiques, avec des hauts et des bas qui témoignent directement de l’état de santé du pays.
Les chercheurs distinguent deux familles de souks. Les temporaires, hebdomadaires ou saisonniers. Et les permanents : carrefours où convergent des marchands venus de partout, repères au cœur de la ville et vitrines de son rayonnement bien au-delà de ses murs. Deux visages d’une même institution, qui a traversé les siècles sans jamais perdre sa place au cœur de la société marocaine. Idrissides, Almoravides, Almohades, Mérinides : aucune dynastie n’a négligé les marchés de Fès. Ceux de Marrakech, eux, connaissent leur âge d’or sous les Almoravides et les Almohades. À l’époque, le marché fixe est aussi un lieu où circulent les nouvelles et où les orateurs de la cité prennent la parole. L’ouvrage «Aswaq Bilad al-Maghrib» («Les marchés des pays du Maghreb») de Karim Tazi Al-Khazaï le montre bien : la réputation des marchés suit la puissance et l’unité du pays. Quand l’empire almohade se fissure, ce sont les souks de Tunis qui prospèrent : les Hafsides saisissent l’occasion et multiplient les échanges avec les Européens. Tlemcen suit le même chemin, au point que ses marchés rivalisent avec ceux de Fès à l’époque mérinide. Au XIIème siècle, les souks de Marrakech connaissent une expansion spectaculaire. On n’y trouve plus seulement les produits du cru, mais aussi des marchandises venues de loin. La ville est réputée pour ses marchés du blé, du bétail et du livre, ainsi que pour ceux des tanneurs et des cordonniers.
Par Ghassan El Kechouri
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