Les législatives du 23 septembre 2026 ont redessiné la carte politique marocaine : le PAM arrive en tête, le PJD fait son retour, tandis que le faible taux de participation constitue le principal fait saillant.
Depuis sa création, en 2008, le parti authenticité et modernité attendait ce moment. Après trois échecs successifs (4ème en 2011, 2ème en 2016 et 2021), la voie est cette fois libre pour le parti du «tracteur», qui a remporté haut la main les élections du 23 septembre. Pour le reste, si le PJD effectue un vrai retour en forme avec une 4ème place qui devrait lui permettre de (re)devenir un vrai pôle d’opposition, le RNI est le grand perdant de ce scrutin, bien qu’il se classe deuxième. Le parti «bleu» a perdu près de 40% de ses électeurs. Ce revers intervient après cinq années passées à diriger le gouvernement. Qu’a donc commis le parti d’Akhannouch (qui a cédé la présidence du parti, entretemps, à Mohamed Chouki), pour mériter cette «sanction populaire»?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors que l’on tablait sur un taux de croissance annuel de 6 % (comme le préconisait le Nouveau modèle de développement de 2019), celui-ci n’a pas dépassé 3,3 %. Ce ralentissement s’est durement répercuté sur le marché de l’emploi : au lieu du million d’emplois promis par Akhannouch, le Maroc a enregistré un déficit sans précédent, avec la perte de centaines de milliers de postes. Le taux de chômage a bondi à un niveau record de 13,1 %. Les programmes d’emploi temporaire ont par ailleurs montré leur échec cuisant à résorber le chômage. Mais ce qui a sans doute le plus marqué le mandat d’Akhannouch, c’est le vif débat autour du «conflit d’intérêts». Le chef du gouvernement s’est lui-même retrouvé au premier plan de plusieurs crises: d’abord celle de la flambée des prix des carburants, face à laquelle son gouvernement n’a su proposer aucune solution anticipée pour atténuer l’impact de la crise mondiale ; puis les critiques suscitées par l’attribution du marché de construction de la station de dessalement d’eau de mer de Casablanca à un consortium comprenant une société de son propre groupe.
Par ailleurs, l’État dit social s’est réduit à une simple vitrine, derrière laquelle se sont creusées les inégalités et poursuivie la privatisation des services de base. Malgré le lancement du régime AMO (assurance maladie obligatoire), les citoyens continuent de souffrir du coût des soins et des pénuries de médicaments. Dans l’enseignement, secteur dirigé par un ministre RNI, le pays a connu une tension sans précédent et des grèves historiques qui ont paralysé l’école publique pendant près de trois mois, en rejet du nouveau statut des enseignants. Cela a contribué au recul du Maroc dans le classement mondial de la qualité de l’éducation. Ce parcours s’est accompagné d’une hausse inquiétante de la dette publique, qui a frôlé les 1.250 milliards de dirhams, et d’une extension de la pauvreté, qui touche désormais 2,5 millions de Marocains. On pourrait longuement énumérer les déceptions et les échecs nés sous le mandat d’Akhannouch, indépendamment des acquis qu’il met en avant et qu’il chiffre à 50 réformes. Mais beaucoup retiendront, au final, que son mandat aura été marqué par ce que le «mariage de l’argent et du pouvoir», et par la prédominance d’une logique entrepreneuriale dans la gestion de la chose publique.
Reste le plus important : la nomination, le 29 septembre, de Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice générale du PAM, à la tête du futur gouvernement. Une première dans l’histoire politique du pays.






































