La guerre de Melilia de 1893 illustre bien la dialectique entre pouvoir central et tribus dans la défense du territoire national. Histoire d’un malentendu.
Dès leurs premiers contacts avec les envahisseurs portugais et espagnols, au XVe siècle, les tribus du Nord vont prendre conscience de leur rôle historique de garde avancée du Maroc. Dans le Rif oriental, en particulier, la confédération tribale des Guelaya, occupant toute la presqu’île qui se termine au Cap des Trois-Fourches (Ras Ouerk), est directement confrontée aux colons de Melilia. La période située entre la guerre de Melilia de 1893 (dite «du général Margallo») et celle de 1909 (appelée dans l’historiographie espagnole «guerra del nueve») permet d’étudier les rapports complexes de ces tribus avec le pouvoir central de Fès. Le Makhzen n’a jamais su « digérer » l’esprit indépendant de ces tribus et leur refus catégorique des harcèlements espagnols. Quant aux Guelaya, ils n’ont pas réussi à concevoir que leurs luttes contre les étrangers perturbaient les stratagèmes du Makhzen pour préserver une nation établie depuis des siècles. Ainsi l’histoire des relations contemporaines du Rif avec le pouvoir central relève d’une dialectique entre la voie des armes choisie par les tribus, et la diplomatie privilégiée par le Makhzen.
Le voisinage de Melilia a appris beaucoup de choses aux Guelaya sur l’Espagne, qui tente d’élargir son territoire dans la zone Nord du Maroc par tous les moyens, diplomatiques et militaires. Au XIXe siècle, les incidents avec les occupants des présides se multiplient. Ces guerres déclenchées par l’Espagne lui montrent vite que toute expansion au Maroc exigera d’énormes moyens militaires et financiers. Effectivement, les Rifains vont présenter aux Espagnols une résistance populaire instinctive basée sur le concept de « guerre sainte » et guidée par de brillants leaders. L’élargissement des frontières territoriales de Melilia, qui va conduire à la guerre de 1893, trouve sa base juridique dans le traité entre le Maroc et l’Espagne, signé à Tétouan le 24 août 1859.
Par Rachid Yechouti
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