On ne peut que se réjouir des bons offices américains pour apporter une solution au conflit dit du «Sahara Occidental», qui est en fait, n’en déplaise aux malentendants, un conflit entre Alger et Rabat. La paix ne peut être que profitable aux Algériens, aux Marocains, au voisinage, dont l’Europe. La tension, par voie de conséquence, est une menace à la paix dans le bassin de la Méditerranée, une cause de fêlure dans le monde arabe qui doit réussir sa révolution culturelle et source d’insécurité dans le Sahel. L’Amérique de par son poids, et surtout sa connaissance des interstices du conflit, est à même de peser pour une solution. Les grandes puissances ne sont pas en reste. Laissons aux casuistes dans le bâtiment de verre, de commissionnaires ou de fonctionnaires internationaux, le soin d’ergoter sur de fausses prémisses, de nature à dévoyer l’essence du problème, comme étant un problème de «décolonisation». Le problème est politique et doit trouver une solution politique. Il est bon de rappeler certaines vérités. D’abord, cette lubie de «peuple sahraoui», qui par miracle se trouve cantonné, exclusivement, dans ce qui était le «Sahara espagnol», alors que l’étendue du Sahara englobe de grands espaces, de la Mer rouge à l’Atlantique.Le Sahara existe tout autant à Ghdamès, Tozeur, Adrar, Boutilimit qu’à Zagora, avec des habitants bien sûr, qui sont tout autant sahraouis. On pourrait peut-être parler de Bidanes, ou trab al-bidane, pour englober la dimension nègre, qui certes ont une identité propre, dans un espace qui va de Oued Noul (avec un «l», qui signifie fleuve en amazigh), à Tajakant, en passant par Saguia al-Hamra, Tiris, et le nord de la Mauritanie. On pourrait imaginer le chambardement si on construit une identité sur les Bidanes, non pas que sur le plan territorial, mais ethnique. Il y a bien sûr un mouvement politique, le Polisario, apparu dans un contexte particulier quand la guerre froide battait son plein et le panarabisme avait le vent en poupe. Le mouvement était porté par les tenants du panarabisme, notamment Kadhafi.
Le Polisario, ersatz du panarabisme, porte les travers du panarabisme ou ce qu’on appelle «les Républiques de la peur». Au début du mouvement, en 1976, il n’avait pas hésité à ravir des étudiants français (dont le fils de Paul Pascon) portés disparus. Pourquoi alors un seul mouvement, avec une connotation idéologique particulière, qui réfère à des idéologies éculées, dispose du monopole de représenter la population au Sahara marocain, en étant un relais à un autre pays ? On a vu dans toute l’histoire de l’humanité des mouvements se déliter, parce que dépassés par l’histoire, ou porteurs des tares. Le néo Destour a supplanté le Destour, le FLN a fait de même avec le mouvement de libération algérien de Messali el-Haj, et le Fatah avec le mouvement de Husseini, qui avait ses accointances avec le nazisme. Seul le Polisario veut faire exception. Décolonisation ? De quelle décolonisation parlez-vous, quand c’est la même texture sociologique, linguistique, culturelle, d’Oued Noul aux confins sahariens. Le mouvement des populations entre la partie de la Saguia al-Hamra, Tiris (Rio de Oro) et le Maroc septentrional, a toujours été vertical. Et pour rappel , les Rguibat, une forte composante de la population sahraouie, sont originaires de Draa. Il y a moins de trois siècles qu’ils ont entamé leur migration vers le sud. Si on s’entête dans cette lubie de «principe», à défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, même quand ils n’existent pas, alors, diable, pourquoi s’empêcher de le faire quand ils existent? Il suffit d’écouter la terre. Elle aura son mot à dire. We’ll have fun.
Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane






































